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Faits d'hiver* (7)



C’est grâce à d’abondantes chutes de neige que le jeune Olivier Pitre put organiser une glissade que le gel durcit dans la nuit et qui permit au matin à son camarade Montelli de percuter la veuve Wasserman, retour de courses, qui alla s’écraser contre l’autobus piloté par Mohammed Cheviche qui s’enfonça dans la vitrine de l’hyper après avoir percuté seize véhicules provoquant l’embouteillage qui paralysa la ville et les secours, coûta la vie à deux institutrices et trois caissières et conduisit Modeste Piedot, Ministre des transports, à démissionner, au grand soulagement de son épouse.   * Les Nouvelles en trois lignes sont le nom d'une rubrique publiée dans le journal Le Matin à partir de 1905. Cette rubrique est restée célèbre pour avoir bénéficié de la collaboration de Félix Fénéon, entre mai et novembre 1906.

Portier de jour


Certes le nouvel uniforme du portier de l'Hôtel de la Plage était particulièrement très seyant et Monsieur Jean-Claude le portait à merveille. Cependant, certains clients trouvaient que la nouvelle politique managériale du directeur, Monsieur Martin, risquait de faire perdre au célèbre établissement un peu de cette convivialité insouciante qu'ils appréciaient depuis tant d'années.

Au bord de la Laponie, Elin Larsson et la nuit polaire


Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition



Le deuxième jour, la nuit.
 
Elin Larsson monte sur scène, jeune et faussement fragile. Elle attend que le batteur soit en place, le guitariste aussi. Et elle envoie. Elle envoie tout. Parfois le trombone essaie de s’imposer, mais rien à faire, Elin Larsson est là, le plus prêt possible du micro, avec des notes rapides et précises, jouées avec la plus grande présence possible. Elin Larsson et personne d’autre. Elle absorbe tout, elle prend toute la place.
 
Il est 14h30, nous sommes à Umeå, à quelques centaines de kilomètres du cercle polaire et de la Laponie, au bord de la mer Baltique. La salle de concert se remplie.
La nuit n’a pas encore.
Mais presque. Le froid non plus.
Elin par contre.
Elin Larsson parce qu’enfin, il est question de jazz, même en novembre, même à 62° de latitude nord. Il est donc question de basse, de batterie et d’instruments qui s’affirment, qui se combattent, s’affrontent. Elin Larsson est dans son instrument, cuivré, long, recourbé, elle est autre chose qu’une voie, autre chose que le silence ou la retenue.
 
Il est 14h50. La salle est pleine, on est venu nombreux de Stockholm.
Quelqu’un allume la lumière. Puis éteint.
Elin s’arrête. Décontenancée. Puis la guitare, puis le batteur.
Personne ne parle, personne ne bouge.
Le silence est revenu.
Le silence au nord de la Suède, dans une salle de concert.
 
Elin s’approche du micro.
Plus personne ne sait où il est, où il en est.
Elin essaie de parler.
Je.
Je pense que c’est le moment pour Le ciel sombre.
Le ciel sombre, celui qui va arriver dans quelques instants et ne plus partir pendant des mois.
Elin laisse la guitare, la contrebasse et la batterie s’amuser, dans une musique blanche, adoucie, consolée. Elle les laisse jouer, à contre des jazz anciens, à contre des affrontements et des combats. Puis de conclure par un rire, de nouveau fragile, de nouveau humain.
Le ciel sombre peut arriver. Il peut tout absorber. Il peut prendre place, il peut prendre toute la place.
 
A écouter : Elin Larsson Set free.
 

Chômeur amer



Paul avait encore passé une nuit épouvantable. Des semaines que ça durait ! Quand il parvenait à enchaîner 5 heures de sommeil d’une seule traite c’était une victoire sur le stress qui lui polluait l’esprit et donc ses nuits. La fatigue s’accumulait ruinant un peu plus chaque jour son moral déjà bien entamé. Mais que faire ? Les idées sombres le hantaient, ravageaient sa pauvre cervelle déconfite. Les journées lui semblaient d’interminables corridors qu’il traversait d’un pas lent et le regard absent. Il avait vraiment besoin de repos. Il se décomposait à mesure que les jours s’éteignaient. Il était temps que ça change. Aussi, Paul avait-il hâte de retrouver un emploi pour enfin se reposer au bureau.
Marie-Emmanuelle Brodeau
Internaute




 
 

Elle et lui (série)


Histoires vraies ou presque

Elle et lui dans un grand hôtel, après une nuit d'amour.
Elle : J'ai faim.
Silence.
Lui : Ils ont dit 20 euros par petit déjeuner, c'est un peu cher, non ?
Elle : Je crois que je vais rentrer.
Sophie Jabès
Internaute




 

Haïku de comptoir 81


Le café ferme
La nuit ouvre
La porte

Haïku de comptoir 17


(L'été au comptoir)

Quand le vue baisse
La nuit
Tombe plus tôt
 
 

Au bord de la Laponie, Andreas Eklöf et le silence nordique


Tant qu'il y aura du froid


Patterns for three pianos – in four parts - Andreas Eklöf


Le concert va commencer. Je dois jouer. Je voudrais aller jusqu’au silence, le capter, le comprendre, le donner. Comme le froid, le silence ne supporte que lui-même, un peu de rareté, et rien d’autre.
 
Glenn Gould y est arrivé. Il est monté au nord, au plus nord qu’il lui était possible par train. Il joue. Puis il ne joue plus, il ne joue plus jamais en public, il ne donne plus aucun concert, il ne fait qu’enregistrer. Mais moi, je viens d’ailleurs ; ma radicalité, je la place ailleurs. Et puis, j’en viens du nord, ce n’est pas lui ma seule matière à silence. Ma radicalité, elle est dans le Cd que je viens de donner.
 
Le concert va commencer. On se presse, on entre, on s’assoit. On est venu nombreux de Stockholm. Une personne lit en attendant. Elle est venue m’écouter jouer du piano, mais j’aimerais surtout qu’elle écoute le premier morceau du Cd.
 
Nor., c’est le nom de mon album. Je ne souhaite pas qu’il soit écouté en concert, ni même dans une grande pièce. Le son doit être réglé en médium. Dans le premier morceau, il y a trois pianos, il y a des pauses et des soupirs, et peu de notes. Alors, au moment où je pense que l’on commence à m’écouter, à écouter, à s’habituer à la musicalité, je fais silence, au milieu du morceau, j’éteins tout, j’arrête de jouer, j’arrête d’enregistrer. Même les sons de la pièce sont niés, je pense que l’on s’en rend compte, j’aimerais que l’on s’en rende compte. Un simple soupir n’aurait jamais suffi à donner le silence. Et je repars, dans la pièce, dans la pièce dans laquelle je joue, dans celle dans laquelle vous l’écoutez.
 
La personne a arrêté de lire, elle attend. Je dois commencer à jouer. Peut-être que je vais y arriver. Son attention va se porter sur les sons du piano, elle va se concentrer, ralentir, refroidir, elle va se crisper, s’intensifier. Peut-être que je vais y arriver, peut-être que pendant ce concert je vais l’emmener jusque-là, peut-être qu’il va être question de faire silence, de faire silence ensemble.
 

Haïku de comptoir 76



Les rêves
De jour
Ont du mal

Haïku de comptoir 11


(L'été au comptoir)

Le soleil se couche
S'endort
Oublie la lumière
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