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Le 20 juin 2011 à 09:02

Eaux sales

Ça m’est revenu il y a quelques semaines après une interview de Marine le Pen,  à cause de son âge, le même que moi,  de son blue jean, le même que moi,  à cause de sa poignée de main,  de l’hôtesse d’accueil qui m’a souri derrière l’hygiaphone, à cause de Jeanne d’Arc dans  son armure pas tellement plus haute qu’un nain de jardin.…ça m’est revenu d’un  coup. C’était l’été 1991, j’étais journaliste stagiaire, on m’avait envoyée à l’université d’été des jeunes du Front national.  Ça se passait dans un petit château de Sologne,  une ancienne propriété de l’empereur Bokassa à ce qui se disait. Les grilles hautes et pointues étaient entrouvertes,  un  petit homme ventru, aimable et souriant m’avait accueillie:  Roger Holleindre ancien  de l’Indochine et des barbouzeries de l’Algérie française.  Il m’a montré son bureau pour y poser mes affaires,  et il a bien rigolé quand j’ai sorti mon ordinateur portable barré d’un autocollant Libération. – Leur montrez pas ça, ils vont vous mettre dans le lac ! Le pire, c’est que je l’ai cru.  Ils, c’étaient ses jeunes et ils était en forme.  De la salle du bas, les clameurs de la meute montaient.  Je suis descendue voir (sans ordinateur), c’était l’atelier "débat". Carl Lang chauffait un grand boutonneux assis en face de lui : « Imagine que je suis Jack Lang , vas y cogne ! ».  Collée au mur dans le fond la pièce,  j’apercevais le lac par la fenêtre, une grande flaque d’eau saumâtre et menaçante.  Je me rappelle le retour en fin d’après midi,  la Nationale 7 vers Paris,  le pied à fond sur l’accélérateur.  La fuite. Tout ça m’est revenu comme un bon souvenir.  C’était bien mieux le temps où ils jouaient à nous faire peur.

Le 27 avril 2010 à 10:58

Pas de retraite pour Mohammed

Les Arabes, on les faisait naître le 1er janvier ou le 31 décembre

L'ascenseur est en panne. Le vide-ordures bouché. Le centre social rasé. Les voitures parfois brûlées. La police sur les dents. Les rats et les cafards s'éclatent plus que les mômes sans toboggan. Tout est tragiquement normal dans cette cité. Et puis voilà qu'Ahmed 22 ans raconte son père Mohammed, il l'accompagne régulièrement à la sécurité sociale, car Mohammed ne parle pas bien le français, même s'il a travaillé en France pendant près de trente ans. Il est à la retraite, il est malade. Mais il ne touche pas de pension. C'est que la sécurité sociale s'y perd. Elle a donné le même numéro à une dizaine d'hommes comme lui. Ils s'appellent tous pareil, ils sont tous nés en 1945 au Maroc, pas le même jour certes, mais on ne se compliquait pas la tache au temps des colonies. Les Arabes, on les faisait naître le 1er janvier ou le 31 décembre. Résultat, un demi siècle plus tard, pas de retraite pour un vieil homme. Comment savoir combien d'années il a travaillé ? demande peut-être l'employé de la sécurité sociale. Mohammed doit regarder son fils sans comprendre la question. Le fils doit tendre des papiers, de vieux contrats que les employeurs de son père envoyaient par-delà la Méditerrannée quand il rentrait chez lui la saison terminée. C'est eux qui l'appelaient, il fallait des bras pour cueillir les fruits. Un jour il est resté. Regardez ses mains, pourrait dire Ahmed. Mais les neuf autres ont sûrement les mains aussi abîmées. Regardez son dos, pourrait-il dire aussi. Mais les neuf autres ont sûrement le dos aussi fourbu que lui. Alors peut-être qu'Ahmed s'énerve. C'est fou ce que les fils sont plus nerveux que leurs pères. C'est ce qui se dit beaucoup dans les rues de Cavaillon, c'est là qu'Ahmed habite avec ses parents, et c'est là aussi que le Front national a fait son plus beau score aux dernières élections. 34,29% au premier tour.

Le 14 février 2012 à 08:17

Musique !!!

Luc Ferry enrôle de force Mozart contre les tambourins

La parole politique ne connait pas la honte et encore moins la musique.  Sait–il seulement ce Luc Ferry,  ancien ministre de l’éducation nationale qui enrôle de force Mozart contre les tambourins,  ce que l'on doit au bruit des tam-tam à Congo square à la Nouvelle Orléans ? C’était  le dimanche après midi, aux toutes premières années du 19ème siècle, les esclaves avaient du temps libre, ils se rassemblaient  sur la place où on les avait vendus, ils chantaient et dansaient,  se réparaient l’âme et le corps,  ondulaient avec leurs souvenirs. Leurs danses s’appelaient la Calinda, le Congo, la Bamboula. Bientôt ils furent un demi millier sur la place chaque dimanche,  tout le quartier vibrait par la grâce d’une musique unique au monde,  mêlant le  tam tam endiablé, les lamentations du banjo,  et la magie d'un saxophone qui semblait naitre à la vie. Introduit dans la région par les troupes coloniales françaises, il souffrait, pauvre saxophone, sous les doigts de blancs bec qui ne connaissaient rien d'autre que la fanfare militaire. Les esclaves eurent vite fait de le récupérer, alors  comme dans une alchimie amoureuse, le sax offrit tout ce qu'il avait dans le ventre à  leurs sanglots d'hommes noirs.  Congo Square a aujourd’hui sa pancarte au milieu d’un vaste parc appelé Louis Armstong. C’est là que s’annonçait le jazz. Tout a commencé par des tam-tam et la rage d’hommes enchainés par notre grande et belle civilisation.  

Le 1 avril 2010

Michael Cashman

Best coming out of the year

A quoi pense Michael Cashman à ce moment-là ? Qu’il est heureux d’être britannique ? Qu’il a cinquante-neuf ans et que c’est peut-être mieux que d’en avoir vingt en ce moment ?Qu’au temps où il était comédien, un Oliver Twist de comédie musicale puis un héros des soap de la BBC, il en a improvisé des scènes, mais des comme celle-là, jamais ?Qu’il est moins sûr de changer le monde qu’il y a dix ans, quand il entrait en politique et se faisait élire député européen du parti travailliste ?Qu’il n’avait jamais rêvé de venir à Luanda (Angola), même en novembre ?Que les débats sur la jeunesse et la liberté sexuelle, ça tourne toujours mal ?Qu’il voterait des deux mains l’envoi du contingent sur l’Ouganda qui vient de décréter la prison à vie, et dans certains cas la peine de mort pour les homosexuels, mais aussi trois ans de prison pour les parents qui ne dénoncent pas leurs enfants et la même chose pour les professeurs qui ne préviendraient pas la police dans les 24 heures?Que l’Ougandais qui parle à quelques rangées de lui dans cette assemblée sans pouvoir réunissant représentants de l’Afrique, des Caraïbes et de l'Europe, il lui mettrait volontiers  son poing dans la figure ?  Que le Malien qui défend l’Ougandais, au motif que la Suisse proclame chez elle l’interdiction des minarets, va s’en prendre une lui aussi ?Que celui d’à côté qui dit que l’homosexualité est un crime contre l’humanité, il va lui montrer ce que c’est qu’un crime? Difficile à dire ce qu’il pense.Finalement il se lève et déclare : « Je  m’appelle Michael Cashman, je suis député britannique et je suis homosexuel ».

Le 3 juin 2010 à 08:21

Alertez les bébés

Simone a besoin d’un passeport pour monter dans l’avion. Précision : Simone a 9 mois. A cet âge là, il n’y a pas si longtemps, on ajoutait son nom sur les papiers de papa et maman, mais c’est terminé. La faute à papa et maman qui ne s’aiment plus comme avant, ou bien la faute aux terroristes qui font péter les avions ? On ne sait pas. Deux photos d’identité sont nécessaires. Direction le photomaton. Simone a tout de même de la chance, dans notre monde cruel les petites boîtes à rideau ne cachent plus de curés.« Il faut que l’enfant soit de face, ne sourie pas, qu’elle n’ait pas la bouche ouverte et qu’on ne voie pas vos mains madame » a précisé l’employé de la Préfecture. Madame, c’est la mère. Elle tourne le tabouret au maximum, le plus haut possible pour atteindre le viseur. Ne bouge pas Simone, tu vas tomber. « Qu’on ne voie pas vos mains madame ».  Ah oui, la tenir à bout de bras. Au niveau de la couche humide ça devrait aller. On appuie. Non Simone ne regarde pas maman ! Clic. Trop tard. Beau profil de Simone. Remettre quatre euros.  Non Simone ne lève pas le bras ! L’autre non plus ! Ne bouge pas. Là c’est bien, on appuie. Non Simone ne souris pas !  C’est interdit ! Clic. Quatre euros encore. Non ne rigole pas ! C’est pas drôle. Faut que tu aies peur Simone, comme tout le monde !  Vingt euros plus tard, la crampe au bras et la couche nettement plus humide,  enfin une planche correcte. Retour vers l’employée de la préfecture qui sort son décimètre et mesure entre les deux oreilles : « 4 millimètres trop court. A refaire ». En voiture Simone.  

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