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Combien de temps ?



Cette nuit, moi j’ai rêvé que je perdais mes dents. Alors j’me suis levée, j'ai fait le tour de mes sentiments. Mais aussi le tour de ma vie pour voir si j’étais méritante. C’est pas bon signe le coup des dents... c’est signe de mort qu’on dit tout l'temps !
J’ai inspecté ma mémoire, j’voulais savoir... si j’aurais droit au paradis ou bien alors au purgatoire. Et j’ai même pensé à St Pierre avec sa barbe au fromage blanc, son air gentil, enfin j’espère, parce-ce… quand j’y pense: toutes les conneries que j’ai pu faire... c’est peut-être l’enfer qui m’attend ! 
Allez, demain c’est sûr, j’irai les voir, mes vrais amis et mes parents. J’vais rattraper tous mes retards, j'vais leur crier combien j’les aime, malgré l’existence qui nous saigne. Parce-que tout n’a qu’un  temps… mais pour combien, combien de temps ?
 
J’me suis pincée, j’me suis fait mal... c’était pas bon signe, j’ai rigolé. Je préfère rire que de penser que j’vais mourir, j’suis pas pressée ! C’est important de le savoir parce-qu’ici tout est illusoire... tout n’a qu’un temps…
Et puis… j’me suis regardée dans le miroir pour voir si j’étais quelqu’un de bien. J’ai vidé même tous mes tiroirs pour être sûre que j’oubliais rien… Mais j’ai rien vu dans le miroir, y’avait personne, pas de reflet !
Alors tout est devenu noir, j’me suis même pas entendue crier. Y’avait personne dans le miroir! La mort m’avait donc prise en traître... mais comment peut-on disparaître, comme ça, sans s’en apercevoir ?
Alors maintenant c’est sûr, j’peux plus les voir…  mes vrais amis et mes parents. J’peux plus rattraper mes retards, ni dévoiler mes sentiments à celui qui est mon seul amour, il ne le sait pas, mais c’est plus le jour !
J’peux plus crier combien j’les aime, à cause de la mort qui m’entraîne... j'peux plus crier, malgré tous mes efforts…
Mais combien, combien de temps dure la mort ?
 
   
 

Activité n'est pas travail


Une vie à peigner la girafe
Quand j’avais vingt ans, je cherchais un travail. On m’a demandé de peigner la girafe. Je me suis donné beaucoup de mal pour bien faire : échelle de corde pour l’escalade et brosse le poil, brosse le crin. Des heures durant. Quand j’avais trente ans, il me fallait nourrir mes enfants. On m’a demandé de peigner la girafe, pour avoir de l’argent. J’ai dit : « Pas question ! Je n’ai pas fait toutes ces études pour en arriver là! Je refuse de perdre mon temps et mes forces à de pareilles balivernes. Je ne suis pas prête à n’importe quoi pour survivre ! » Nous avons mangé des cailloux, dignement, mes enfants et moi. Quand j’avais quarante ans, je voulais encore travailler. Etrange obsession. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai organisé une vaste campagne pour revendiquer la liberté des girafes à vivre ébouriffées. J’ai convaincu la terre entière que les girafes étaient aussi belles et heureuses, poil en bataille que poil peigné. Un homme est venu me dire : « Arrêtez de peigner la girafe ! » Je l’ai gratifié du petit sourire suffisant de celle qui a tout compris avant les autres. Quand j’avais cinquante ans, j’avais pris des goûts de luxe qui me réclamaient salaire. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai plongé l’animal dans une préparation dépilatoire, puis je l’ai peint en vert. On m’a virée, j’ai perdu un procès long et coûteux contre la Ligue Protectrice des Animaux et mes goûts de luxe. J’ai pleuré sur mon sort d’artiste incomprise. Quand j’avais soixante ans, on m’a expliqué que j’étais trop jeune pour la retraite. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai trouvé cette activité émouvante et belle, j’ai vécu des moments de communion intense avec la girafe. J’ai découvert ma vocation de peigneuse de girafe. Quand j’avais soixante-dix ans, j’ai demandé à peigner la girafe.
Isabelle Vandiedonck
Internaute




 

Poème court à suspens


(L'été au comptoir)

On la croyait morte depuis cinq ans,
Et finalement, elle était vivante depuis deux ans.
Elle avait été assassinée,
Mais finalement, elle était au Chili.
Son tueur avait été décapité,
Mais finalement, il travaillait dans un restaurant.
Un restaurant de poissons,
Qui faisait des pizzas.
Mais que fait la police ?
Elle distribue le courrier.
Où est la poste ?
A Belleville, c'est le meilleur couscous de Paris.
Je croyais mon poème à suspens,
C'est une opérette en chinois.
 

Presque l'Annapurna


Parfois je vis
comme n'importe qui
parfois je n'y arrive pas
je reste juste assise
à regarder mes pieds sur le carrelage
à écouter le bruit des combats
dans ma tête
à chercher un peu de force
pour me lever
aller quelque part
n’importe où
peut-être simplement
escalader la face nord
d’une pile de linge
à repasser
Marlene Tissot
Internaute




 

Origine. La nôtre.


Les Monstres arrivent au Rond-Point
Irruption. Ainsi naissons-nous. Sans norme ni contour. Lave mêlée, viande rouge, gènes en fusion, cheveux frisés, sexe divin, coeur au galop et pensées sans fin. Nous jaillissons refusant d’emblée ce monde où la parole ne peut dire l’immensité de nos désirs, la fureur de nos rêves et notre douleur d’exister. Nous crions, rage et panique, dès l’apparition de nous mêmes enfermés dans une peau d’humain. Le combat pour la liberté va durer quelques mois puis, sous les coups répétés de la civilisation raisonnante, notre génie considérable va se réduire en morale tiède et bon goût parfumé avec, comme seule autorisation de sortie, diverses églises où notre âme se cabossera sur des dogmes. Ainsi le bébé géant que nous sommes, l’enfant-dieu, le monstre lumineux pénètre penaud dans la cage du réel, rapetisse soudain et devient homme. Apparaît alors le secrétaire de mairie, le nouveau philosophe, le gastro-entérologue et le tennisman.
Chez certains pourtant la braise des origines ne s’est pas éteinte, elle continue de raviver le souvenir de ce jardin perdu où dans une joie complice l’enfer et le paradis nous faisaient enjamber tous les horizons par-delà le bien et le mal. Ceux-là artistes ils sont. Et leurs chefs-d’oeuvre témoignent des êtres fantasques et démesurés que nous aurions dû être.
De Polyphème le cyclope d’Homère au Minotaure de Dante, du Dracula de Bram Stoker au Quasimodo de Victor Hugo, des ogres de Grimm au Docteur Jekyll de Stevenson, de Phèdre dont Racine nous rappelle en un alexandrin qu’elle est la fille de Minos et de Pasiphaé, mi-femme mi-déesse, sans oublier Les Songes de la raison de Goya, Le Jardin des délices de Jérôme Bosch ou Les Monstres sacrés de Cocteau.
Il en est d’autres chez qui, torturés par la norme et la loi des hommes, la braise originelle s’enflamme soudain vengeresse jusqu’à leur brûler la tête. Alors surgit de leur cervelle en cendre le seul monstre noir contenu jusque-là dans nos cauchemars et qui, le temps d’un génocide ou d’un meurtre dans une ruelle, ravage une humanité qui les étouffe.
Ainsi en est-il des monstres, c’est-à-dire de nous-mêmes. Il n’y aurait pas de théâtre sans eux.

> Toute la saison les monstres sont au Rond-Point : Orlan, Jacques Vergès, le champion de France de Body Building, l'homme le plus tatoué du monde, les avocats du couple Fourniret, des acteurs monstres sacrés lisent des textes monstrueux, Michel Onfray et son université populaire... Voir les liens ci-dessous qui vous renvoient vers les programmes des conférences-perfomances de la Monstrueuse université, des Lectures monstres, de l'Université populaire de Caen...
 

These boots...


"L'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art" (Robert Filliou)

Je suis assis, à l'atelier, et je décide de faire marcher mes yeux à fond pendant environ 5 minutes... mais à fond ! ça veut dire pas juste regarder ou voir, mais bien plus que ça... je dévore tout... je bouffe des yeux, je me gave, je me baffre : tout y passe... mes toiles, bien entendu, mais surtout les murs, les poignées de portes, le sol, les taches par terre, les taches sur le mur, les objets, les détails des objets, les couleurs, les ombres, la lumière... je fixe la lumière en écarquillant, je m'explose le nerf optique, je m'en fais mal aux iris, aux pupilles, aux paupières, j'ai la cornée qui s'enflamme et j'ai l'humeur vitrée (!) puis, je saisis mon appareil, je pose mes pompes devant ces cartons dont les fonds colorés sont en train de sécher (avant que j'y claque des pochoirs en noir et blanc) et je shoote mes vieilles boots mexicaines en fin de vie avant de me passer de l'eau sur les yeux et de reprendre une vie normale...
Jef Aérosol
Internaute




 

En transit...



Déjà 2012 ! Une année de plus en moins... et dire qu'on est en transit ici bas, avec ou sans douleurs d'estomac. On est tous des passagers de la vie en route vers le destin, les bagages pleins de doutes et d'espoirs clandestins.
Des passagers de la vie en route vers demain, le désir assoupi par un trop long chemin. Des passagers de la vie voyageant côte à côte, oubliant les envies qu'ils avaient l'un de l'autre. Parfois même des passagers en colère, des passagers téméraires qui ne cessent de lutter, qui ne veulent pas se taire, mais cherchent la vérité...
On est tous des passagers en transit, en partance pour un grand voyage qui sera un flop ou bien un hit... tous des passagers en transit...

Mark



Je reviens de loin, d’une sorte de rêve étrange. Certains appellent ça une catharsis, moi je me contente d’appeler ça un rêve étrange : il n’y a aucun mal à dire les choses différemment pourvu qu’on les dise avec honnêteté. Personne ne me jugera pour ça. J’ai fait ce que l’on appelle une EMI : une Expérience de Mort Imminente. En anglais, on dit : NDE : Near Death Experience. Je ne suis pas doué en anglais, mais « NEAR » ça veut dire « près » et « death », « mort ». Ce que j’ai fait, c’est être si proche de la mort que l’on revendique sa vie de manière si indécente qu’on oublie à peu près tout. Regarder directement dedans, bien rentré, à l’intérieur et cela tout en étant à l’extérieur. L’instant d’avant ça va bien et l’instant d’après, tout se perd. Near death Experience. Expérimenter. Experience. Expérience. La vie, c’est empirique, la mort, c’est autre chose. La mort, c’est perdre du temps à essayer de comprendre ce qui s’est passé dans la vie. La mort, c’est très utile, mais ça n’a rien de ressenti : c’est ailleurs et cet ailleurs, c’est à venir. Je me suis trouvé juste assez proche de la mort pour comprendre son sens et après je suis revenu à la vie. Certains appellent ça mentir, moi j’appelle ça se révéler : il n’y a aucun mal à dire les choses différemment. Personne ne me jugera pour ça. Ou tout du moins, personne ne le devrait, mais on n’est jamais à l’abri. En fait, il faudrait vraiment que j'arrête de bouffer des yaourts au Bifidus Actif parce que c'est franchement dégueulasse...

Christopher McCandless (Alexander Supertramp), clochard céleste


Portrait 19
Christopher McCandless est né en 1968 et mort en 1992. Christopher McCandless a un nom officiel et un vrai nom. Le vrai nom de Christopher McCandless est Alexander Supertramp. Christopher McCandless est un jeune idéaliste américain. Christopher McCandless est déçu par le monde et les hommes. Christopher McCandless n’est jamais déçu par la littérature et par le monde sauvage. En 1990 Christopher McCandless décide de marcher à hauteur de ses rêves. Il déchire ses papiers. Quitte sa famille. N’emporte que quelques livres dans son sac. Il prend la route et traverse l’Amérique, en stop, à pied. C’est là qu’il devient Alexander Supertramp. En croquant une pomme sur un pont. Alexander Supertramp traverse routes, montagnes, ruisseaux, champs, plaines, rivières, jusqu’en Alaska. Il rencontre de vrais hommes, de vraies bêtes, de vrais problèmes, de vraies nuits, de vraies étoiles. Alexander Supertramp connaissait par coeur les récits de Jack London ou les poèmes de Walt Whitman. Alexander Supertramp voulait boire directement à la mamelle du monde le vrai jus de la vie. Il est mort intoxiqué par une mauvaise plante, au milieu des grizzlis. Krakauer en a fait un livre et Sean Penn un film. Alexander Supertramp voulait boire directement à la mamelle du monde le vrai jus de la vie. Il est mort à 24 ans, mais personne ne peut dire qu’il n’y est pas parvenu.

John Muir, clochard céleste


Portrait 14



John Muir est ce qu’on appelle un naturaliste Américain.
Il né en écosse et migre dix ans plus tard dans une ferme du Wisconsin.
Son père l’élève à coups de bâton et de Bible.
Il se passionne très vite pour la nature, suit des cours de botanique.
Il opte pour « l’université de la vie sauvage » et parcourt la moitié de l’Amérique à pied.
Lorsqu’il découvre la vallée de Yosémite en 1868, il découvre son temple.
Il consacrera sa vie à le défendre. Sans lui plus de séquoia géant.
Emerson viendra plus tard lui rendre visite.
Le président Roosevelt ira y dormir une nuit à la belle étoile.
Muir remonte également l’Amazone, traverse l’Amérique du Sud, l’Europe, les glaciers.
Il étudie les plantes, les insectes, la géologie, la vie sauvage.
C’est un inventeur pragmatique et un poète romantique. Il n’idéalise pas la nature. Elle le fascine. Elle est sauvage.
Dans Souvenirs d’enfance et de jeunesse (éditions José Corti), il écrit :
« J’aurais pu devenir millionnaire et j’ai choisi d’être un vagabond ».

Richard



Richard est né nu un jour il y a quelques années déjà. Puis il a grandi. Il a été élevé par ses parents dans une maison. Enfant, Richard jouait beaucoup et faisait des bêtises. Il a fait des études et a beaucoup appris. Un jour, il a trouvé un travail avec des horaires plus ou moins fixes. Richard s'est insurgé contre les guerres, les maladies telles que le cancer, le sida et il n'aimait pas non plus, les dictatures totalitaires. Richard n'aimait pas les transports en commun bondés et les trains qui n'arrivent pas à l'heure. De la même façon, Richard n'aimait pas être éclaboussé par les voitures lorsqu'elles roulent dans une flaque ni être piqué par une guêpe et encore moins être mordu par un chien. Richard n'aimait pas non plus se cogner contre les meubles ou payer des places de cinéma trop chères. Richard aimait les chatons et les chiots parce qu'il les trouvait mignons. Richard pensait que la violence ne mène à rien. Richard, dans le même esprit, n'aimait pas les gens foncièrement méchants. Richard appréciait beaucoup ses amis et il aimait l'amour (et le sentiment amoureux, ça va de soi). Richard aimait le sexe aussi parce qu'il trouvait ça bon. Richard aimait les surprises et ouvrir les cadeaux à Noël. Richard aimait la nature. Richard pensait que la cigarette est mauvaise pour la santé. Richard tombait de temps en temps malade. Richard détestait être enrhumé et devoir se moucher toutes les dix minutes. Puis Richard a vieilli et un beau jour il est mort. Sa famille et ses amis l'ont pleuré.
Lors de son enterrement, quelqu'un a dit : "Bah, ce Richard quand même... ah, sacré Richard va !".

Ô Senescence !



Vieillir, c'est se suicider au temps qui passe. On ne le dit pas assez. J'ai remarqué que, arrivé à un certain âge, on devient épicurien de gré ou de force, dans le sens où on vit chaque jour comme le dernier. Il n' y a aucun remède contre cela, et la mort viendra à nous aussi sûrement que la joue vient au poing à qui sait la tendre. Dans notre société de consommation sans scrupules, même la sénilité fait recette. Les vieux sont prêts à avaler n'importe quoi pour rajeunir, comme le viagra, ou les crèmes anti-rides. Ou le concept des femmes cougars. Je m'excuse, mais une cougar, sans ses dents, ça fait pas courir grand monde ! Et notre Johnny, ils vont nous le tuer avec sa prochaine tournée, Cheveux blancs, idées noires. Ma grand-mère me donnait son avis sur la question l'autre jour : « Tu veux que je te dise ? La jeunesse, c'est dans la tête ! » La pauvre. Elle ne se rappelle même plus qu'elle a Alzheimer. Mon grand-père me disait à ce propos : « Regarde cette photo sur le mur. Elle était belle à dix-huit ans, ta grand-mère. Cette photo c'est un peu le portait de Dorian Gray, mais à l'envers. » La vie est une vaste blague et la mort en est la chute. Parfois, c'est une chute qui n'en finit plus de chuter. Chute des cheveux, chute des dents, chute de tension, chute dans la baignoire et, pour finir, chute dans l'oubli. Sans rigoler, on en finirait presque par se demander si ce ne seraient pas les plus courtes les meilleures.

Tranche de vie


"- Regarde mon chéri ! J'ai acheté une bouteille de Martini pour prendre une cuite afin d'essayer d'oublier cette vie désespérément inutile dans laquelle tu me confines depuis notre mariage. C'est bien, non ? - Hum, mouais... une bouteille de vodka aurait été plus radicale. Finalement, tu ne vas jamais au bout de tes raisonnements ma chérie. Comme d'habitude."

Anthony


Le spectacle de la vie

Anthony

Haïku historique



Vercingétorix
Se réveille de bonne heure
Gaule du matin

Aphorismes à compte d'auteur



Il n'y a rien après la mort, tous les revenants vous le diront.
 
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