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Charles Bukowski, Henry Chinaski, clochard céleste


Portrait 32
Le vieux buk est né en 1920 et il était déjà vieux. Le vieux buk est mort en 1994 flétri comme un bébé juteux. Le vieux buk est le fils unique de l'Amérique. Sa mère soumise, son père violent. Los Angeles est sa putain d'argent. Le vieux buk rêve de casser sa gueule de bellâtre à la littérature Américaine. Pour vivre il alterne entre la cloche, le turf et la poste. Pour vivre il boit, tape des poèmes, se bat, ronque, vole, baise, rêve. Le vieux buk est un chien qui bouffe un oiseau bleu en enfer. Le vieux buk est une outre mais il a son petit coeur tout chaud dedans. Le vieux buk n'est ni un beat ni un wasp, c'est le connard en dessous de chez toi qui t'empêche de dormir. C'est le gros dégueulasse qui écrit des lettres d'amour en se mouchant dans son tee-shirt. C'est ta mauvaise conscience. C'est ton issue de secours. Le vieux buk est devenu riche et célèbre en restant simplement aussi sincère qu'un crachat. Le vieux buk a toujours une main glissée sous la jupe du ciel et l'autre accrochée à la cuvette. Le vieux buk est un connard. Le vieux buk est une plaie. Le vieux buk est un poète. Et y'en a pas trois mille des poètes.

Jean-Paul Clébert, clochard céleste


Portrait 25
Jean-Paul Clébert a été surnommé un temps, le clochard qui a failli avoir le prix Goncourt. Jean-Paul Clébert est né le 23 février 1926 et il est mort la semaine dernière, le 21 septembre 2011. Dans son nom, Jean-Paul Clébert est à une voyelle de clébard. Après avoir été cheminot, trimard, résistant puis avoir parcouru l’Asie, il tape la cloche dans le beau Paris Insolite des années cinquante. Ses compagnons de route ? Doisneau, Giraud, quelques surréalistes, quelques situationnistes. Il écrit au dos des paquets de gauloise après avoir découvert Bourlinguer de Cendrars. C’est lui qui l’introduira chez Denoël. Son seul maître, avec peut être Henry Miller à qui il fait visiter les bordels Parisiens. Clébert parlait des gitans, des arabes, des juifs, des caniveaux, des chiens, des petits matins rouges, des ficelles, des putes, des chineurs, de la faim et du vin. Il n’idéalisait rien et surtout pas la misère. Il montrait ce que personne n’en connaissait, sa beauté, sa fierté, son courage. Il était venu finir sa vie pas loin de chez moi, dans les collines du Luberon, loin du Paris frimeur qu’il ne reconnaissait plus, écrire des livres sur l’ail ou la Provence. Mais il sera resté jusqu’au bout du même bord ; «avec ces hommes qui crèvent de  faim, se foutent pas mal des beautés de la liberté et de la marche à pied, ont misé sur l’avenir et le boulot bien fait et dont on apprend du bout des yeux le décès dans la colonne des faits d'hiver, vieux et vieilles morts solitaires dans un taudis innommable, ou rongés tout vivants sur leur grabats par les rats». Les éditons Attila ont rééditées son Paris Insolite il y a deux ans.

Aux amis de la poésie


Avant chaque bataille décisive, le soldat Martin aimait lire quelques poèmes de Baudelaire ou de Rimbaud, voire d'Apollinaire. Ces saines lectures savaient lui donner le courage nécessaire pour aller étriper les ennemis d'en face, ces salauds qui ne méritaient aucune pitié.
 

Condoléances pré mortem


André Laude, clochard céleste 2

Un jour qu'il remettait au journal Le Monde la nécro d'une personnalité en vue, il croisa l'intéressé dans les couloirs. Surpris de voir vivant quelqu'un qu'il venait d'enterrer, il faillit, me confia-t-il , lui présenter ses condoléances.
Poète, homme à tout faire du journalisme, ruiné par l'alcool et la solitude, André Laude est mort en 1995 dans le plus total dénuement. Un peu avant sa mort il m'avait dit : toute ma vie avec ma poésie, j'ai tissé un manteau de misère et maintenant ce manteau de misère me ronge les os.

> voir son portrait par Thomas Vinau
François Vignes
Internaute




 

Baudelaire, le rieur


C’est un texte majeur et pourtant méconnu de Baudelaire qui vient tout juste d’être réédité* : De l’essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques, paru initialement dans la confidentielle revue Le Portefeuille le 8 juillet 1855. Pour le spécialiste Alain Vaillant qui oublie toutefois Notes sur le rire (1947) de Marcel Pagnol, il s’agit même du seul essai théorique de toute la littérature française explicitement consacré à la question de l’humour si essentiel dans l’esthétique baudelairienne, lors même que son auteur était « l’âme véritable de la presse artistique et contestataire du Second Empire ». Que dit Baudelaire ? Que le rire, expression de l’orgueil et de la supériorité, est satanique et « donc profondément humain ». Pas trace de cette joyeuse morsure au Paradis Terrestre. « Le Sage craint le rire, comme il craint les spectacles mondains, la concupiscence. Il s’arrête au bord du rire comme au bord de la tentation. » Baudelaire distingue le comique significatif (Molière) et le comique absolu (Hoffman) qui est violence, férocité, grotesque, carnaval, tonnerre, cataclysme, ivresse. A celui-là, bien sûr, va sa préférence. « Pour qu’il y ait comique, c'est-à-dire émanation, explosion, dégagement du comique, il faut qu’il y ait deux êtres en présence ;
- que c’est spécialement dans le rieur, dans le spectateur que gît le comique ;
- que cependant, relativement à cette loi d’ignorance, il faut faire une exception pour les hommes qui ont fait le métier de développer en eux le sentiment du comique et de le tirer d’eux-mêmes pour le divertissement de leurs semblables, lequel phénomène rentre dans la classe de tous les phénomènes artistiques qui dénotent chez l’homme l’existence une dualité permanente, la puissance d’être à la foi soi et un autre . »
Quant au Sage, qu’il continue de trembler ! 

*Baudelaire journaliste. Articles et chroniques choisis et présentés par Alain Vaillant. GF Flammarion, 381 p., 8,90€.

Blaise Cendrars, clochard céleste


Portrait 8
Dans la famille des flibustiers en chef, il n’était pas concevable de ne pas saluer le père Blaise. Frédéric Sauser, dit Blaise Cendrars (1887-1961)  est le roi de la cour des miracles. Il fut, entre autres, vendeur de cercueils, cultivateur de cresson, apiculteur, trafiquant de couteaux et de tire-bouchons. Il fut surtout poète, aventurier, légionnaire, éditeur, découvreur de talents. Il a tout fait avant les autres. À quinze ans, il part en train jusqu’à Moscou puis traverse l’Eurasie en Transsibérien. Il laisse ensuite un bras dans le ventre de putain de la Grande Guerre. Après la Légion, c’est le journalisme. Il traverse le monde. Habite dans une chambre de bonne à Londres avec Charlie Chaplin. Fait découvrir l’Afrique aux Surréalistes. Fait découvrir Henry Miller à la France alors que l’Amérique considère encore cet auteur comme pornographe. Il est le poète du bras gauche. Le premier Beat du 20è siècle. L’ami de tous les peintres. De tous les fous. De tous les prisonniers. De toutes les putes. Des Nègres. Des clodos. Le plus grand suceur de mégot du monde. À jamais pour la braise et les cendres.

Jules Mougin clochard céleste


Portraits 4
Mougin était facteur
Dubuffet et Chaissac lui écrivaient des lettres
Pendant qu’il leur dessinait des poèmes
Il peignait directement sur les branches de son jardin
Et sur ses filtres à café
C’était un petit chanteur de misère
Marqué par le ventre de putain
De l’usine et de la guerre
Occupe-toi de ta propre joie
Voilà ce qu’il écrivait
Sur les boîtes à camembert

Gaston Couté (1880-1911)


Les cracks méconnus du rire de résistance
On ne peut pas dire que de nos jours les poètes-agitateurs soient légions. À la Belle Époque, ils coururent un peu plus les grands chemins et les petits cabarets, les rhapsodes rebelles à la Paul Paillette et à la Jehan Rictus ou les goualeurs de combat comme Jules Jouy, Xavier Privas, Clovis Hugues. Et les chansons acidulées de l’un d’eux, Gaston Couté, sont même passées un tout petit peu à la postérité grâce à quelques interprètes de marque : Édith Piaf, Marc Ogeret, Fanchon Daemers, Pierre Brasseur, Bernard Lavilliers, René-Louis Laforgue.   Au Lycée Pothier d’Orléans, « l’enfant perdu de la révolte », comme on surnommera plus tard Gaston Couté, ne s’entend guère avec son maître d’école, « ce grand malfaiseux devant la nature » qui « i » pétrit à même « les p’tits carvell’s molles ». Le barbacole ne supporte pas que le petit Gaston fasse rimailler les diverses phrases de ses rédactions ainsi que le raconte Maurice Duhamel dans le n°7 des chansonniers de Montmartre (1906). « Le professeur. – M. Couté n’a pas encore appris sa leçon de géométrie ! Couté. - … Le professeur. – M. Couté a sans doute fait des vers ? Couté. - … Le professeur. – Si M. Couté avoue qu’il a fait des vers, il ne sera pas puni. Couté. – J’ai fait des vers. Le professeur. – Ah ! Ah ! Vous avez fait des vers ! Voulez-vous aller les chercher, ces vers, que nous les lisions ensemble. Couté sortit, gagna l’étude des internes, et revint au bout de quelques instants avec un poème que le professeur se mit en devoir de lire à voix haute. Il en regretta la mièvrerie et les sentiments vulgaires. Encouragé par les ricanements de la classe, il y trouva en outre de la rhétorique, du pathos, des coupes défectueuses, des chevilles. Or le poème que Couté s’était contenté de recopier était simplement de… Victor Hugo ».   Plantant là le « bahut », puis la perception d’Ingres qui l’a engagé comme commis, Gaston Couté, nu-pieds et sans un, gagne Paris où il réussit à se faire recruter comme trouvère au cabaret de l’Âne-Rouge. Mais là-bas son salaire quotidien se résume à… un café crème. Durant cette période de mouise, Couté couche à la belle étoile par tous les temps, se calfeutrant, souvent à cœur jeun, dans de gros tuyaux désaffectés. Quand il se débrouillera un peu mieux, il continuera volontiers à coincer la bulle en plein air. Une mauvaise habitude qui le perdra. Si une pneumonie l’emporte à 31 ans, c’est parce qu’il s’endort un soir où il pleut des hallebardes sur le toit d’un omnibus.   Plus polémique que tragique, plus satirique que misérabiliste, plus diablotine que spartiate, l’œuvre poético-mélodique de Gaston Couté ne nous file pas les papillons noirs. Elle est inouïment drôle et vole férocement dans les plumes des « grouss’es légum’s », des hauts placés. « Bourgeois ! Nous sommes des taureaux Qui démolirons nos barrières Et ce jour-là dans vos derrières Nos cornes feront des accrocs. »   C’est que « le gas qu’à mal tourné », comme il s’appelait lui-même, n’est pas précisément un « mouton en plaine ». « Parce qu’on n’veut plus être Des moutons humbles et doux Qui s’laiss’nt tondre par leur maître On nous trait’ comme des loups… Les loups, les loups ! Les loups sont à bout : Craignez leur courroux, Oui, gare aux loups. »   Et Couté de planter ses griffes dans le lard des « officiers de paix » qui chargent les manifestants du 1er mai, des « salopins » de juges, des fripouilles patronales, des garde-chasse ou de « la gent galonnée » (Ma vigne fera fusiller la guerre). Et de se payer la tronche des honnêtes travailleurs résignés. « Ceux qui travaillent en c’moment Y a d’quoi leur crier vraiment Trou la la… Les andouilles les v’là ! »   Et de prôner le sabotage ferroviaire (Cheminots, quel joli sabotage). Et d’exalter Les Joyeusetés de la grève perlée. Et d’inciter aux sérénades gâche-dodo sous la fenêtre des « vieux rapaces qui dorment près d’un coffre-fort ». « Sérénades des locataires Dont on augmente le loyer Vole pour les propriétaires En train de roupiller… Sérénade des locataires Va-t’en saboter sans pitié Le sommeil (bis) des propriétaires !   Si nous chantons sous ta fenêtre Avec ces accents enragés C’est pour te dire, ô notre maître, Que les temps vont bientôt changer. Il approche le grand Orage Dont l’aile viendra balayer Ton gros immeuble à six étages Niche à pauvres, mine à loyers !   Si nous chantons sous ta fenêtre À pleines gueules : « Ça ira ! À la lanterne il faut les mettre Les Proprios on les pendra ! » C’est pour te donner une idée De l’affreux terme qu’un beau jour Aux mains d’une foule excédée Tu devras payer à ton tour !... »   À lire : le régalant recueil Gaston Couté Le Merle du peuple orchestré par Alain Guillo (éd. Les points sur les i).

Jacques Bonnaffé : un dernier mot avant d'entrer en scène


Jacques Bonnaffé, Jean-Pierre Verheggen,mot d'intro,ventscontraires.net,Théâtre du Rond-Point
Les 14, 15, 16 septembre à 18h30 Jacques Bonnaffé lit Poète bin qu'oui poète bin qu'non ? du Belge Jean-Pierre Verheggen.

Bye bye Gil Scott Heron, clochard céleste


Il s'est envolé vendredi

Gil Scott Heron, B Movie (live 1981, après l'élection de Ronald Reagan)

Gil Scott Heron est né en 1949 à Chicago.
Gil Scott Heron est un poète, un chanteur, un écrivain.
Gil Scott Heron a inventé le rap avec les Last Poet.
Gil Scott Heron a quelque chose à voir avec les oiseaux. Dans son nom il y a un héron. Il est le croisement entre un aigle noir et un grand Dodo blanc. Et son premier livre s’appelle Le Vautour.
Il est en première ligne dans le mouvement d’émancipation des Afro-Américains des années soixante-dix.
C’est un chroniqueur pertinent de la vie sociale et politique des années soixantes.
Il dénonce le consumérisme, l’esclavage, l’exploitation, l’apartheid, la vie de ghetto.
Pour Gil Scott Heron la révolution ne sera pas télévisée.
Gil Scott Heron a brûlé comme une bougie.
Ses chansons sentent la nuit. Ses poèmes sentent le crack. Ses livres sentent la prison.
Gil Scott Heron n’a plus vraiment de dents mais il mord encore.

Walt Whitman, clochard céleste


Portrait 16
Walt Whitman (1819-1892) naît paysan. Il est élève puis apprenti imprimeur, puis journaliste. Il rédige ses premiers poèmes en assistant au marché aux esclaves de la Nouvelle-Orléans. À partir de là, il ne cessera d’élaborer une prose poétique moderne, amoureuse, panthéiste. Il élabore tout au long de sa vie huit versions différentes de son chef d’œuvre traduit en français sous le nom de Feuilles d’herbe par Jules Laforgue. Il reçoit pour la première édition une lettre de soutien d'Emerson. Rencontrera Oscar Wilde. Il sera congédié de son emploi de clerc lorsque le secrétaire de l’intérieur apprendra qu’il est l’auteur de ce scandaleux recueil d’amour. 
Walt Whitman est un être d’amour. Un homosexuel qui élabore un rapport sensuel avec la moindre mouche, le brin d’herbe, le fumier, la goutte d’eau. C’est un pionnier romantique qui arpente l’utopie moderne américaine, son corps comme un continent et son continent comme un corps. Il veut réconcilier l’homme et le monde. L’homme et ses sens. Il veut être le barde, tendre et robuste, que doit incarner pour Emerson le nouveau poète américain. 
Dans Feuilles d’herbe il écrit : "Bon, je ne fais plus rien désormais qu’écouter."

La Moustache parce que !


Le Grandiloquent Moustache Poésie Club se dévoile

le Grandiloquent Moustache Poésie Club,slam,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Avant de monter sur la scène du Rond-Point, Astien Bosche, Julien Pauriol (Ed Wood) et Mathurin Meslay dévoilent pour ventscontraires.net les liens profonds qui unissent poésie et moustache. Cette découverte a basculé leur vie, depuis ils ont fait leur entrée dans le club de la Moustache Poétique :
 

La Moustache parce que !

slam viril et sincère envoyé par Ed Wood

La moustache parce qu’elle est mon emblème
Deux armoiries qui tranchent sur ma peau blême
Deux ailes de papillon lisses et extra fines
Qui battent pavillon noir sous mes fières narines  
La moustache parce qu’elle pimente mes french kisses
La moustache parce qu’elle chatouille les pubis
La moustache parce que je préfère la fantaisie sous le nez
Qu’une coquetterie dans l’œil quand on tire mon portrait  
La moustache parce que Fairbanks et Errol Flynn
Parce que l’immense Charlie Chaplin
Parce que Dewaere, parce que Groucho
La moustache parce que Frida Khalo

La moustache parce qu’elle a toujours été là
Même si on ne la voyait pas, cachée dans ma barbe
Comme la sculpture qui existe déjà
Mais qu’il faut aller chercher au cœur du bloc de marbre  
La moustache parce que flic undercover
Parce que gentleman cambrioleur
La moustache parce qu’un seul de ses battements
Provoque sous la jupe des filles le pire des ouragans  
La moustache parce que le vague souvenir de mon père
Parce que les bécots piquants de ma grand-mère
La moustache parce qu’après tout je le vaux bien

La moustache parce que ma chérie le veut bien 
La moustache parce que sur toi c’est ringard
Alors que sur moi c’est trop la classe
Parce qu’elle attire vraiment tous les regards
Comme un tatouage en plein milieu de la face   
La moustache parce qu’elle est mon jardin zen
Je la soigne patiemment avant d’entrée en scène
Chaque jour je la taille, je la structure en l’affinant
Comme un bonsaï, comme l’écriture, comme un diamant  

La moustache parce que je suis un homme
Parce qu’elle est mon grigri, mon vade-mecum
La moustache parce que c’est là que se cache mon âme
Bref, la moustache même si j’étais une femme !

Miroslav Tichy, clochard céleste


Portrait 7
Miroslav Tichy est un drôle de bonhomme
Il est né en 1926 en Moravie.
Ses études d’art à Prague sont interrompues par la guerre.
C’est un personnage atypique.
Pauvre. Inconnu. Dépressif.
Il fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique.
A partir des années 50, il se met à la photographie. Il construit lui-même ses appareils et autres agrandisseurs à base de déchets, de bouts de bois, de canettes de bières, de tissus, de métal.
Il réinvente le sténopé.
Ses photos sont des instants volés. Anonymes. Funambules. Quotidiens.
Souvent ce sont des silhouettes de femmes, dans les parcs, dans la rue, par leur fenêtre, à la piscine, qu’il observe caché derrière les buissons ou derrière une grille.
Il disait qu’il pouvait attraper ainsi, sans regarder dans l’objectif, en soulevant son pull, une hirondelle en plein vol.
Pour certains, il n’est qu’un voyeur dérangé.
Pour d’autres un clochard pervers.
Ses négatifs sont abimés. Souvent flous. Retravaillés au crayon puis abandonnés.
À partir des années 90, aidé par un ami médecin qui s’intéresse à l’art brut, il accepte d’être exposé.
Depuis, il est célèbre et s’en fout.

Arthur Cravan poète boxeur


Portraits 3
Sur sa barque
au beau milieu de l'Atlantique
Arthur Cravan
Le poète boxeur
aux cheveux courts
qui lisait debout
attaqua la dernière aube du monde
par une danse de St Guy
puis s'adressant
à toutes les mouettes du ciel
il redressa sa carcasse
en hurlant
Chiez moi dessus
puisque je suis laid comme un homme !
Un beau matin
on le retrouva sans vie
sur un quai du Golfe du Mexique
au milieu des chiens noirs.

Victor Hugo, oh ! oh !



Le prochain anniversaire de Victor Hugo remet en actualité ce touchant souvenir : le 26 février 1802, lorsqu’on vint déclarer à la mairie de Besançon la naissance de l’illustre poète, le scribe municipal en entendant décliner les nom et prénom de l’enfant ne put réprimer un mouvement d’admiration :  « Victor Hugo, oh ! oh ! »   Le soir, au repas de famille, il ajouta au menu ordinaire deux bouteilles de vin vieux. Comme sa femme et ses enfants semblaient étonnés de ce luxe : « Nous pouvons bien faire un petit extra ce soir, car c’est aujourd’hui qu’est né Victor Hugo, notre grand poète national. »   (Le Chat Noir, Alphonse Allais, le 14 mars 1885)

"Slameurs, rappeurs, encore un effort pour être poètes!"


Jean-Pierre Verheggen et Jacques Bonnaffé lancent un défi

Vous avez trois possibilités :
1° En réponse à ce défi, renvoyez comme une gifle votre propre slam à ventscontraires.net
2° Venez écouter les 14, 15, 16 septembre prochains au Rond-Point Jacques Bonnaffé lire Poète bin qu'oui poète bin qu'non ? du Belge Jean-Pierre Verheggen
3° = 1° + 2°

Poisson d'avril


Ça peut toujours servir
Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

Le hareng saur,
Charles Cros

Gaston Miron : l'Homme rapaillé


Dans le cabinet de curiosité de Yannick Jaulin



Dans son cabinet de curiosité, le conteur Yannick Jaulin conservait le poème de prison du poète québecqois Gaston Miron. En octobre 1970, il fait partie des 400 artistes, poètes, activistes, nationalistes québécois arrêtés en vertu d'une vieille loi d'exception. Il passe 13 jours en prison : «  je crache sur votre argent en chien de fusil / sur vos polices et vos lois d'exception ». Quelques jours après sa sortie de prison, il reçoit le prix France-Québec.

> réalisation Christine Bernard-Sugy, France Culture

L'Homme rapaillé, recueil de poèmes, Poésie Gallimard

André Laude, clochard céleste


Portrait 11


André Laude est un poète qui hurle.
Il avait une barbe trés noire et des yeux de faucon.
Né en 1936 dans une famille ouvrière, il perdra sa mère à trois ans.
Se battra avec son père. Montera à Paris. Sera militant anarchiste.
Rencontrera André Breton et Benjamin Péret. Gardera dans sa peau burinée les marques de la guerre d'Algérie.
Il voyagera, ira à Cuba à la grande époque. À Alger. Redescendra à Paris pour devenir journaliste.
Il travaille dans la plupart des grands journaux et des petites revues. Il luttera toute son existence contre oppresseurs et colons.
Il écrit pour changer le monde. Il écrit avec son sang. Ne renonce ni au lyrisme ni aux idées.
Il ne collabore avec personne. Boit. Reste pauvre, malade, à la limite de l'exclusion. Il reçoit son courrier au bar du coin.
Il écrit avec ses larmes. Il écrit le ver dans le fruit.
Il meurt en 1995, seul et pauvre.
Les éditions de La Différence ont réédités ses oeuvres complêtes.
Dans La Fleur parmi les ruines, il écrit : " Le dernier mot de ce livre sera le mot : refus".

Jack Black, clochard céleste


Portrait 6
Jack Black est né on ne sait trop quand  
Jack Black a tout appris dans les pénitenciers
C’est là qu’il a appris la violence dés l’âge de quinze ans
C’est là qu’il est entré dans la grande Confrérie des Hobos, La Famille Johnson
C’est là qu’il a appris la langue de la route et celle des hand-out
C’est là qu’il a appris à percer les coffres et à cambrioler les honnêtes gens
C’est là qu’il est devenu fumeur d’opium et c’est là qu’il a décroché de l’opium
Il a vu les carrières de pierre de Folsom, les gens à bout, la misère et l’alcool
La moitié d’une vie sur les chemins et l’autre dans une cellule
Il a bien failli devenir ce que la prison faisait des hommes, une bête ou un bout de viande
jusqu’à ce qu’un juge clément lui donne une chance
Alors il a échangé son six coups contre un stylo. Il a appris le droit puis le journalisme. Il a écrit des petits articles et des grands livres pour défendre les hommes.
Il est mort vers 1932 noyé dans le port de New York pour une montre à gousset

 
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