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Non, je n'irai pas voir la mer.



J’y serais bien allée, pourtant, j’aurais enlevé mes chaussures, puis mes chaussettes (si jamais j’en avais porté, ce qui se fait rare au fur et à mesure que le printemps prend sa place), et j’aurais posé mes orteils sur le sable humide et froid d’une quelconque plage grise du Calvados. J’aurais foui doucement le sable avec mon gros orteil, sentant les grains sous mes ongles ébréchés au vernis écaillé couleur coquelicot. Puis je crois que j’aurais remonté mon pantalon, le retournant sur mes chevilles, après une hésitation, sur mes mollets, et j’aurais avancé vers les vagues, à tout petits pas. De la pointe du pied, j’aurais laissé une vague me lécher de ses papilles salées ; frissonnante, j’aurais laissé le froid s’emparer de mon pied lentement. Un sourire un peu malin aux lèvres, j’aurais sauté, dans un élan puéril, à pieds joints, dans l’eau verte à l’écume un peu jaune et senti mon pantalon se mouiller et se plaquer sur mes tibias. J’aurais peut-être ri, puis soupiré certainement. J’aurais relevé la tête, que j’avais baissé pour fixer intensivement l’eau, dans l’espoir très naïf d’apercevoir quelque chose à travers le liquide troublé, et j’aurais regardé au loin, soit vers l’Angleterre (ou vers l’endroit où j’aurais pensé qu’elle devait être), soit vers les terres normandes. J’aurais pensé à un thé bien chaud, à du vin blanc et à des crevettes (je ne mange pas de fruits de mer, je n’aime pas ça) (excepté les moules) (mais uniquement avec des frites). Mes chaussures à la main, je serais remontée vers une digue, m’y serais assise et aurais frotté mes pieds couverts par du sable collant, soufflant un peu parce qu’il reste toujours des grains, et ensuite ça gratte, alors c’est un peu agaçant. Mes pieds de nouveau bien au chaud, le sable crissant entre ma peau et le coton de mes tennis, j’aurais repris la route.
 
 
 

Mon année avec Sissi


ou y a-t'il une vie après le knödel?

Une jeune actrice et auteur de 27 ans, un amoureux, un chat sociopathe, un appartement de 80m2 et une année de vie à Vienne.
En effet, après six années passées à Paris, je suis depuis le 5 janvier une citoyenne Viennoise pur wiener schnitzel (ou pas…)! Un nouveau pays, une nouvelle ville, une nouvelle langue (et je vous assure que l’allemand viennois n’est pas qu’une langue, c est une tradition, un poème, que dis-je un « kunzept ! ») en gros une nouvelle vie. Comédienne téméraire et auteur audacieuse c’est donc sans peur, si si je vous jure (si si…sissi….roooooh que je suis sprirituelle!) que j'ai quitté Paris, mon appartement rempli de cartons, froid (ô merci EDF), pris chat, livres et chaussures et hop direction Vienne dans un camion 15m3, mon homme et son cousin qui parleront croate. Oui souvent lorsque l’on est croate on parle croate, que voulez-vous, la vie est parfois mystérieuse, le plus mystérieux étant de se demander pourquoi moi je suis suisse et que donc je ne parle pas le croate mais le français et que donc je ne vais rien comprendre durant 1400km! Alors vous me direz que j’aurai pu parler allemand (ou suisse-allemand. Wouha ça fait rêver) en étant Suisse mais non car je suis suisse-romande, mais ça c'est encore une autre histoire. Affaire à suivre!
Elise Hofner
Internaute




 

Le Petit Cadre rangé sur ma bibliothèque


Patrick Robine explorateur du familier
Il existe quelque part non loin de Killarney, en Irlande un délicieux coin de pêche sous l’arche d’un vieux pont à trois piles cernées de roches blanches qu’affectionnent en saison les perches franches, les bass et les brochets ; un beau plan d’eau cerné de bosquets de grands frênes  jusqu’à l’horizon, et puis là-bas très loin contre un peu de ciel, des montagnes bleues. Ce paysage se trouve enfermé sur mon bureau depuis 1968 dans un petit châssis carré de bois brun de 15 cm à peine de côté et profond dans sa hausse d’environ 3cm… je l’ai trouvé dans la rue au marché aux puces de Portobello dans la neige sale sur un tas de vielles revues, il y a une dizaine d’années. J’en devins le  propriétaire pour trois livres cinquante. C’est une sorte de vivarium une nature morte avec pour toile de fond, une vue assez large du lieu en kodachrome, un faux relief forcé de couleurs artificielles à peine passées. Avec au premier plan, collé sur la rive : de la mousse sèche, trois gros graviers enchevêtrés, un granit et des éclats de roches grises et puis deux touffes de junipérus jaunies laquées probablement… Ce sont là certainement des échantillons prélevés sur place dans la nature du lieu de façon à ce que l’on se sente transporté dans ce petit coin d’Irlande histoire de prendre un petit bol d’air à peu de frais, là-bas… là-bas, car ici entre mes mains ce paysage est protégé, il est sous verre.
Alors je reste là, à l’affût sur la berge. Au second plan, derrière les premiers joncs, de l’endroit où je suis posté, à quelques mètres du bord, un couple affairé à maintenir une barque dans le cadre sans trop faire de remous. Ce qui est fou, c’est que miss Saundoris, on le sent bien, n’était pas prévue dans la scène ; elle passait par là au volant de son Austin sur la petite route qui l’amenait à Killarney et puis elle a dû s’arrêter afin que son petit schnauzer se dégourdisse les pattes, et puis bavardant de fil en aiguille elle se laisse embarquer dans l’histoire.
Alors elle essaie de sourire, de se détendre, sur les conseils de l’opérateur, elle ne sait pas très bien nager, elle l’a dit, le rameur la fixe, rassurant, balbutiant une conversation maladroite. Elle regarde la surface sombre, un peu comme on évalue chez la mercière un coupon de crêpe noir.
Sur la rive exactement à l’endroit où je me trouve, le photographe attend sous le drap derrière le verre dépoli de sa chambre Plaubel. Ce qui n’était pas prévu non plus, c’est cette bourrasque de vent qui balaya d’un seul coup la nappe d’eau et fouetta la robe liberty et découvrit les cuisses blanches et le duvet roux de Miss Saundoris et que ce soir-là on ne l’a pas vue, ni à son cours de trompette, ni au manoir chez sa tante… Linda a choisi de rester là, bien au chaud avec moi, derrière la vitre.

La crucifixion ouvre-t-elle un droit à des indemnités ?


Mordillat-Prieur - 6e épisode

Mordillat,Prieur,Christ,Jésus,crucifixion,accident,travail,ventscontraires,Théâtre du Rond-Point
De la crucifixion considérée comme un accident du travail
Le tandem Mordillat et Prieur (les Rivoire et Carret de l'exégèse) nous livre enfin, après d’innombrables travaux sur le Nouveau testament, la quintessence de plusieurs années de recherche.

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Voyager abîme



Voyager dégrade, les arbres sont immobiles les chats les chiens courent tout le temps mais les arbres restent solides immobiles ancrés et meurent surtout des mouvements des tempêtes ou des tronçonneuses. Et même avec les tempêtes et les tronçonneuses les arbres vivent plus longtemps que les chats ou les chiens
Tenez prenons les souris
Ça bouge, fffuït ça se dégrade vite
Les chats aussi normalement, parce que ça court après les souris, mais comme maintenant il y a les croquettes et les paniers, ça va.

Puis il y a les éléphants, les paresseux, ça dure, c'est lent, ça conserve bien, comme les pépés de Crète, pas à dire l'huile d'olive c'est joli mais c'est surtout qu'ils n'en bougent pas de leur île ni même du village, ça garde, ça repose, c'est discret, c'est comme un arbre c'est le paysage, là il y a un arbre, tu tournes à droite et tu verras un pépé, tu peux pas te tromper parce que celui-là il a une salopette bleue, il sera sur un banc sauf si tu arrives vingt minutes plus tard, alors tu le verras dans le jardin, certainement avec une bêche.
Du repos, du mouvement mais rien de précipité : de la constance, de la régularité seulement : “Les choses à faire”

Les gens avant d'être sédentaires ne faisaient pas long feu

Voyager abîme
Voyager pour voir des gens qui ne bougent pas comment ils sont et s'émerveiller de la différence mais bon dieu ils ne bougent pas et ils sont heureux comment ils font abîme

Alors les voyageurs sont malades en rentrant dans leur pays. Ils veulent changer des choses mais ils abîment : leurs amis, leurs travaux, parfois leur famille mais peu
Et c'est heureux
Ils auront bien besoin de quelqu'un pour les réparer.
Annabelle Verhaeghe
Internaute




 

« Ça montre qu'elle [MAM] n'est pas droit dans ses bottes : elle a fait son mea culpa. L'affaire est close »


François Baroin, France Info, jeudi 3 février 2011

Depuis quand un ministre du Budget est-il autorisé à donner l’absolution à une pécheresse ? Porte-parole du gouvernement il n’a pas à porter la parole de Dieu, même si son avatar est hyper-président. Certes il y avait eu confession la veille sur Canal+, quand Michèle Alliot-Marie reconnut que, durant ses vacances de Noël en Tunisie, elle aurait mieux fait de ne pas emprunter l’avion d’un de ses riches amis locaux, drôle de paroissien benaliste. Elle s’épanchait auprès du bedeau Denisot, lequel, jusqu’à plus ample informé, n’est pas davantage habilité à effacer l’ardoise. Quand bien même la pénitente aurait récité dans la Boîte à questions : « Confiteor Deo omnipotenti et vobis, fratres, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, opere et omissione: mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ». 
Pas d’absolution, donc pas d’ « affaire close ». Et qu’elle ne vienne pas se plaindre. Si elle était juive, ce n’est pas même pas un rabbin qui pourrait passer l’éponge, mais le « Prochain » qui a été offensé. On imagine MAM implorant le pardon des manifestants tunisiens ! C’est la France qui, pour le coup, ne serait pas non plus à l’aise dans ses « bottes » car, faut-il le rappeler, MAM est sa ministre des Affaires étrangères. Aux dernières nouvelles, elle passerait ses vacances pascales à Rome, dans le quartier Prati Trionfale, c’est à deux pas du Vatican où il paraît que les Indulgences se négocient pour rien.

Si vieillir est un voyage


Variation Peter Pan #2

J’étais encore une enfant, mais j’avais déjà quinze ans passés. On m’a dit : « Tu dois quitter le monde de l’enfance maintenant, Migrer vers celui des adultes. » Un sage m’enseignera plus tard : « Celui qui immigre après quinze ans, Reste un étranger. Trop plein de l’avant, Pour accueillir ce qui lui permettrait d’être d’ici. Il faut deux générations pour s’intégrer. » Je crois que ce n’est pas toujours vrai, fatalité. Cependant, pour ce qui me concerne, il a vu juste. Je n’ai pas réussi à m’intégrer au monde adulte, J’y suis toujours vue comme étrangère. Ce sera pour la génération suivante : Mon fils, c’est sûr, sera un adulte.

Un avenir radieux


"- Tu sais Jean-Paul, après que nous aurons terminé de payer les crédits sur la maison, la voiture et l'éducation des enfants, j'aimerais bien que nous partions en voyage dans un pays étranger. Il y en a de très beaux à ce qu'il paraît. Mais je ne sais pas si tu supporteras leur nourriture... - Oh, ne t'inquiète pas pour ça ma chérie. Je serez certainement mort d'un cancer ou d'une crise cardiaque avant que nous ayons payé toutes nos dettes."

En transit...



Déjà 2012 ! Une année de plus en moins... et dire qu'on est en transit ici bas, avec ou sans douleurs d'estomac. On est tous des passagers de la vie en route vers le destin, les bagages pleins de doutes et d'espoirs clandestins.
Des passagers de la vie en route vers demain, le désir assoupi par un trop long chemin. Des passagers de la vie voyageant côte à côte, oubliant les envies qu'ils avaient l'un de l'autre. Parfois même des passagers en colère, des passagers téméraires qui ne cessent de lutter, qui ne veulent pas se taire, mais cherchent la vérité...
On est tous des passagers en transit, en partance pour un grand voyage qui sera un flop ou bien un hit... tous des passagers en transit...

Robert Louis Stevenson, clochard céleste


portrait 21
Robert Louis Stevenson est né à Edimbourg et meurt 44 ans plus tard dans les îles Samoa. Robert Louis Stevenson est un enfant fragile souvent malade pour qui les livres et les fenêtres ont une grande importance. Ce sont souvent les enfants fragiles souvent malades qui écrivent les meilleurs romans d’aventure. Robert Louis Stevenson est un jeune homme peu porté sur les études. Un jeune homme rêveur et volage qui peut tomber amoureux d’une prostituée. Qui peut perdre la foi. Qui peut décider de consacrer sa vie à écrire. Malgré sa santé relative Robert Louis Stevenson voyage beaucoup. Belgique. France. Ecosse. Angleterre. Puis il retourne aux Etats Unis. Puis en Océanie. Robert Louis Stevenson est un arpenteur. Parfois à pied. Parfois avec un âne (Modestine). Il marche comme il écrit. Et il écrit comme il rêve. Ses pieds imaginent. Ses mots connaissent le goût de la terre, de la mer et du ciel. Aux îles Samoa, où il s’installe à partir de 1890, il prend parti pour les Samoans contre les Allemands. Les indigènes l’appellent Tusitala, le conteur d’histoires et 400 d’entre eux se relaient pour porter son cercueil.
 

Laude Story


La légende du demi-siècle
"...ils m'ont mis en perfusion avec une caisse de bière et quelques sandwichs et vogue la galère...J'ai travaillé sans discontinuer pendant trois jours, les feuillets partaient à l'imprimerie sans que j'aie le temps de les relire... La commande portait sur un numéro, j'en ai livré deux..."
La Légende du demi-siècle qui circule depuis trente ans comme un Samizdat serait née ainsi, dans l'urgence et la précipitation d'un numéro spécial des Nouvelles Littéraires. Ce texte d'une grande richesse culturelle ressort aujourd'hui chez un petit éditeur : Levée d'encre.
André Laude avait parfois tendance à s'inventer une vie de rechange, la sienne était si miséreuse. Un jour que je lui posai la question de savoir s'il avait réellement rencontré le Che dans la Cordillière des Andes, il me raconta l'anecdote de la Prose du Transsibérien. Pierre Lazaref demanda un jour à Blaise Cendrars :
-Dis-moi, Blaise, finalement tu l'as pris, le Transsibérien?
-Qu'importe, si je te l'ai fait prendre, répondit Cendrars.
Grâce à André Laude, j'ai appris à pêcher le barracuda... en restant au bar accoudé.
François Vignes
Internaute




 

Mythomane


Lors de son discours à Caen, Nicolas Sarkozy a prétendu s'être rendu à Fukushima après le drame, alors qu'il n'avait fait qu'une halte de 3 heures à Tokyo, soit à 250km du lieu de la catastrophe, vingt jours après le Tsunami.

Dans quel état sommes-nous ?


La saison du Rond-Point se termine mais pas ventscontaires

Chers aficionados de ventscontraires.net, ce samedi 2 juillet 2011 tous les spectacles à l'affiche du Théâtre du Rond-Point vont jouer leur dernières. Dernières dernières de la saison, avant que le théâtre se mette en gestation pour vous préparer les surprises de la rentrée.
A l'image de cette spectatrice qui espère trouver une place pour la dernière d'Obludarium, le spectacle des frères Forman, continuons à chanter et striduler. Car sachez que votre revue collaborative préférée ne vous lâche pas : ventscontraires.net reste ouvert et vigilant tout l'été. Où que vous soyez, chez vous, en voyage, voire toujours encalaminés à votre poste de travail, regardez comment le monde va autour de vous. "Dans quel état sommes-nous?" est la question que nous nous poserons tout au long de la saison prochaine. Alors nous comptons sur vos billets, clips, micro-trottoirs et autres cartes postales pour assembler un puzzle inédit : le monde vu par les chroniqueurs et internautes de ventscontraires.net.
Pour mon compte je m'envole dans une heure pour la Hongrie. Donc  "A viszontlátásra" : au revoir et à très vite mes premières cartes postales du pays qui vire vers la droite autoritaire et populiste !!!

Monsieur Christ Jésus a-t-il pris des risques disproportionnés dans l'exercice de ses fonctions ?


Mordillat-Prieur - 5e épisode

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De la crucifixion considérée comme un accident du travail
Le tandem Mordillat et Prieur (les Rivoire et Carret de l'exégèse) nous livre enfin, après d’innombrables travaux sur le Nouveau testament, la quintessence de plusieurs années de recherche.

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Iceberg



               Je
            suis un
         Iceberg
       dérivant au
     cœur de l'océan
    des Mondes. Ses lancinants
     ressacs m’excavent, me désoli-
      darisent, me liquéfient et ses vents
        contraires me métamorphosent, m’effilent,
          m’aiguisent. Je mute au gré de ses humeurs...
            -------------------------------------
             Et le péril reste toujours invisible.
 
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