Plaisirs exquis
Il y a ceux qui se payent des vacances.
Une agence les conseille et les met en avion. Avec leurs bagages ils
déboulent sur la plage. On les sert, les anime, les sort un petit
peu. Pas de casse-tête, c'est le repos.
Il y a ceux qui se payent un psy. Ils
se font des soucis, se sentent seuls, malheureux. Alors ils viennent,
ils s'allongent, ils s'épanchent. Ils sont écoutés, on parle
d'eux, on les traite.
Il y a ceux qui se payent des putes. Un
numéro de secours, et on n'est plus un célib' abruti, mais un
client chéri. Pas de temps pour les fleurs, les scènes, les
promesses. Dans six heures c'est lundi, les bouchons, le patron...
Il y a aussi clubs, abonnements et
assos...
Mais moi je fais mieux, j'ai mon truc
ingénieux. Je me donne un sujet, super vague et complexe, et je lis
des bouquins, autant que je peux (la plupart ont l'air de
coq-à-l'âne, mais tant mieux). Je me fais des idées sur la
Culture, l'Univers ; je compose des schémas, m'imagine une
auteure. Et puis je me paie un savant professeur. Il m'écoute, on
parle de philosophie, de romans. J'ai l'impression de dire quelque
chose d'important.
D'habitude, c'est pour trois ans. Mais
je vais prolonger, tellement c'est accrochant.