« Vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie incomplètes »
Ségolène Royal, « A vous de juger » sur France 2, jeudi 9 septembre 2010
La dame du Poitou n’y va pas de main morte pour illustrer
son propos sur la malfaisance, à l’égard des femmes, du projet de réforme gouvernemental
reportant l’âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans. Au pied de la lettre ce n’est même plus
SOS-femmes battues, mais on
achève bien les femmes foutues.
C’était au cours de la seule grande émission de la télévision sur les retraites, dont François
Fillon était la tête d’affiche et Ségolène Royal la « guest star. » Une
prestation sans peur, saluée par la critique, mais pas sans reproches. Il est fréquent
en politique que les mots se bousculent dans la bouche de l’orateur qui veut écraser
l’interlocuteur de toute la force de ses convictions. Le risque est alors
maximum, de lapsus ravageurs ou d’ellipses obscures. Chez Ségolène
Royal on a bien sûr compris que le verbe « frapper »
métaphorisait la brutalité de la
réforme et que par « durées de vie » il fallait entendre « durées
de cotisation ».
D’autant que l’indignation féministe succédait à
l’indignation sociale pour les ouvriers « frappés » également par les
62 ans. Mais, justement, si la réforme est globalement injuste, les femmes sont plutôt plus pénalisées
encore par le passage de 65 à 67 ans du droit à la retraite à temps
plein. Précisément à cause des
carrières « incomplètes ».
L’intention était bonne, l’exécution malhabile, le
ségolénisme reste un art à parfaire.