
Mars 2011, quelques jours après le tremblement de terre, le
Tsunami et la catastrophe nucléaire au Japon. Dans l’aéroport de Séoul, temple
aseptisé de la modernité, on croise en plein milieu de la nuit une cohorte de
ressortissants français expatriés au Japon, volontaires pour un rapatriement en France organisé par
l’Etat.
Ils débarquent de Tokyo et
Osaka hagards, épuisés. Beaucoup de pères de famille avec des enfants en bas
âge issus de couples mixtes, les mères japonaises sont restées là-bas fidèles à
leur famille, à leur travail.
Ils
avancent en traînant le pas comme une armée napoléonienne en déroute, encadrés
par les militaires spécialisés dans les évacuations d’urgence et par quelques
membres de l’ambassade vêtus de chasubles jaunes fluo qui leur donnent des
instructions à l’aide de mégaphones. Les voilà regroupés aux abords d’un lounge
réquisitionné par l’armée et transformé en QG de crise. Des grands gaillards en
treillis préparent des biberons de lait chaud pour les nourrissons, les autres
s’agitent dans tous les sens et directions pour relever les identités, lister
les partants et répondre à toutes les demandes.
« Ici vous êtes en
sécurité, pas de secousses sismiques, pas de radiations » rassure un grand
chauve qui, dans son accoutrement jaune fluo, semble avoir été irradié dans sa
tendre jeunesse. Une petite fille se lamente d’avoir abandonné son poisson
rouge et zozotte en sanglotant « Ils vont le manzer, il va finir en zuzi
ou en zazimi ». Non ma
petite, c’est fini, désormais on ne mangera plus de poisson. Et les thons
rouges, menacés de disparition, reviennent en force la nuit le long des côtes
de Fukushima, plus sanguins que jamais, électrons libres, les voilà qui
clignotent de rouge dans les profondeurs isotopes de la mer et de la nuit
nucléaire.
(Another Barbarian in Asia –
Henry Halfwarm)