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Rahaaaa



Rahan, accroupi derrière un bosquet, venait de découvrir qu'un essaim de guêpes n'aime pas qu'on lui fasse dessus. Il en profita pour inventer dans la foulée le sprint, l'épreuve du cent mètres, la course de haies, le saut à la perche, le cent mètres nage libre, le saut en hauteur, la gymnastique improvisée, le jerk, le roulé-boulé, et la thérapie du cri primal. Une belle journée de progrès pour l'humanité !

Les rois se reproduisent, les papes pas


Les nouvelles aventures de l'Histoire de France
Un fils de roi devient automatiquement roi, un fils de pape devient automatiquement le fils de la concierge. Donc pas pape. Pourtant, comme les rois, les papes se succèdent. Je n'ai pas rêvé, dès qu'un pape meurt, un autre apparaît. Quel est leur secret ? Comment font-ils pour assurer leur descendance ?
On le sait aujourd'hui, les papes se reproduisent par la fumée blanche. Un certain nombre de cardinaux s'enferment dans une petite chambre tout en haut du Vatican, ils y restent un temps plus ou moins long, on ne sait pas très bien ce qu'il font, mais lorsqu'on aperçoit une petite fumée blanche sortir par la cheminée sur le toit, le pape est né. En général, c'est un beau bébé barbu de 70 à 75 kilos qui sourit aux anges. On l'emmaillote aussitôt dans du linge blanc et on le présente à la fenêtre. Une foule de Polonais et d'Espagnols hurlent alors leur joie en voyant leur Saint-Père.
C'est une des particularités des papes, lorsqu'il naissent, ils sont déjà pères – Saint-Pères même – de millions de catholiques. Quand les ont-ils faits ? Mystère. Il faut savoir que le mystère, comme le miracle, est un des charmes de la religion catholique. Vouloir à tout prix élucider tous les trucs de l'Eglise aboutirait à enlever à la foi sa truffe. Croire perdrait soudain la saveur rare de l'inexplicable, pour n'être qu'une mastication machinale de vérités fades, destinées à nourrir l'âme, qui doit toujours être en bonne santé si elle ne veut pas aller en enfer sur une civière.

© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009
 

Elle et lui (série)


Histoires vraies ou presque

Elle et lui au cinéma.
Elle : Je m'ennuie.
Silence.
Lui après un temps : Veux-tu que nous flirtions ?
Elle : Je ne m'ennuie pas à ce point.
Sophie Jabès
Internaute




 

Page d'Histoire




Pour justifier leur incapacité à écraser l’opposant avec leur char, les soldats de Tien An Men plaident la délicatesse : « il y avait des choses fragiles dans son sac, qu’on ne voulait pas esquinter… »
 
 

Les temps modernes


Les nouvelles aventures de l'Histoire de France
N'importe quel petit crétin avec son tee-shirt "Nique ta mère" qui dévale les escaliers du Trocadéro sur son rolling-surf en beuglant du rap a l'impression d'être moderne : "Putain, il se dit souvent, la chance que ma mère m'ait dépoté dans les temps modernes ! Tu vois pas qu'elle ait fait ça sous Louis XIV, la meuf ! Surfer à Versailles avec une perruque, en chantant du Lully ! Je te dis pas la crise !" Ce petit con pense, comme la plupart d'entre vous, que les temps modernes, c'est aujourd'hui.
Pour vous, "moderne" ça signifie trouver Roselyne Bachelot sexy, vous habiller comme Besancenot, soigner vos déprimes au bio, ou lire la page culture de Libé sans rigoler. Ça me fait mal, vous êtes trop nuls. Ça fait des siècles que ça existe, les temps modernes, bandes de débiles ! La vieille Catherine de Médicis, la Montespan ou Mme de Sévigné, elles étaient déjà très in.
Et Le Nôtre, il ne les défendait pas, les arbres, peut-être ? Et les fringues de Richelieu, elles n'étaient pas plus marrantes que les robettes de Christian Lacroix ? Et Bossuet, "Madame se meurt, Madame est morte", ça ne swingue pas ? Et la Bastille, elle n'était pas plus difficile à démolir que le mur de Berlin ? Croyez-moi, on ne vous a pas attendus pour être moderne.
C'est très exactement le 1er janvier 1500 que l'on a commencé à être moderne en France. Dès 1495, l'ancien temps donna des signes de gâtisme. Il battait de l'aile, n'avançait plus et se répétait. On ne pouvait pas lui en vouloir, à ce bon vieux temps, il durait depuis l'Antiquité. Place aux jeunes.
A peine l'ancien temps enterré dans le passé, les temps nouveaux débarquèrent. Fringants, tout beaux, puisque tout nouveaux et les cheveux courts, on les appela les temps modernes. Ils durent encore et, si le pape, les ayatollahs, les évangélistes, le dalaï-lama, Krishna et l'Eglise de Scientologie se calment un peu, il ne sont pas près de disparaître.

© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009
 

Nous avons remplacé notre mémoire par l'image


Restons vieux jeu

L’image omniprésente au XXIe siècle a immortalisé ce que l’Homme a déjà : le regard et la mémoire. Cette parodie est révélatrice: les gens ne cessent de se prendre et de prendre à tout va en photos. Pourquoi un arrêt sur image ? L’Homme aurait-il peur d’oublier le présent ? Notre appareil remplace notre cerveau mémoriel. L’instantanéité remplace le temps du récit, le temps de l’orateur. Voler ces instants et les publier pour que tout le monde voie ce que vous avez vu. Partager l’illusion d’être ailleurs, alors que vous êtes devant votre écran à lire. Mais nous ne voyons pas plus. Nous restons coincés entre une machine photographique, nos souvenirs et un écran. Pourtant ces instants peuvent être racontés, partagés  
Une amie me racontait ces voyages passés des années 80 en Russie et en Birmanie. Les tensions dans ces pays lors de ses séjours l’empêchaient de prendre des photos. Mais son regard sur place ne l’empêchait pas de mémoriser ses événements. Elle peut vous les raconter en détails comme si c’était hier. Aujourd’hui nous croyons pouvoir tout dire, tout faire derrière notre écran. L’image tant modifiable, « photoshopée » en perd sa vérité. Nous voulons montrer quelque chose qui n’existe pas.  
La mémoire est donc l’outil le plus précieux. La mémoire conserve les images, les odeurs, les sensations vécues. L’Histoire ne s’oublie pas. Le passé raconté est riche d’images. Cela s’efface avec le temps ou se déforme, mais cela garde une authenticité humaine.
Sylvain Gosset
Internaute




 

Yannick Jaulin


Le dodo, un monstre gentil (+ un conte cruel en bonus)

Yannick Jaulin,le dodo,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Le conteur Yannick Jaulin a jeté son dévolu sur un monstre doux disparu, le dodo, oiseau pédestre déambulant sur l'Ile Maurice, exterminé par les colons européens à la fin du XVIe siècle. S'il a disparu de la planète, l'animal se trouve encore à piétiner sur quelques pages de votre livre favori, Alice au Pays des Merveilles, car Lewis Carroll fut le seul à lui offrir un refuge.
Mais nous ne vous en dirons pas plus, puisque vous pouvez croiser le Jaulin à 18h30 au Rond-Point. Pour savoir tout tout tout sur le dodo.
En attendant, voici quelques réflexions sur la monstruosité douce, ainsi qu'une histoire horrible avec père noël sanglant, en bonus. Brrrrrr…
 

Du beau monde...


Certains esprits se sont posés, sur la Création, d'étranges problèmes qu'ils ont résolus hardiment. Urbain Chevreau, dans son Histoire du Monde (1686, 2 vol. in-4°), rapporte que, suivant les uns, le monde a été créé au printemps, et, suivant d'autres, un vendredi, le 6 septembre, à quatre heures de l'après-dînée. Un autre, dont nous regrettons vivement d'avoir oublié le nom, avait trouvé la date du 21 décembre.
Un érudit italien du dix-huitième siècle, Monsignor Baïardi, dans un entretien avec l'abbé Barthélemy, lui raconta qu'il s'occupait d'un abrégé de l'histoire universelle, où il allait présenter la solution d'un problème des plus importants pour l'astronomie et pour l'Histoire : il s'agissait de fixer le point du ciel où Dieu plaça le soleil en formant le monde. II venait de découvrir ce point, dit Barthélemy, et il le montra à l'abbé sur un globe.


Eric Poindron
Internaute




 
 

La femme et l'enfant assises sur le banc


(Chose vue)

La femme et l’enfant patientent sous l’auvent. Le bus. Son arrivée. L’enfant parle à la femme. La femme répond à l’enfant. La femme acquiesce aux propos de l’enfant. L’enfant narre des choses, d’autres très inventées très vraies très belles. L’enfant parle de la peur. L’enfant eut peur aujourd’hui. L’enfant eut peur cette nuit. La femme dit à l’enfant que les choses qu’elle raconte sont fausses ; elles n’existent pas. L’enfant réplique qu’elle sait, l’enfant sait ce qu’elle dit ; les choses elle les vit. L’enfant jette un regard noir sur la femme. L’enfant se lève. L’enfant saute du banc au sol. Plutôt, elle s’aide des deux mains qu’elle appuie, les paumes bien à plat, sur le banc. L’enfant pousse avec les mains, se soulève et d’un mouvement du bassin elle se retrouve sur ses pieds et fait face à la femme. La posture de l’enfant est crâneuse. L’enfant se tient les jambes un peu écartées, les mains maintenant sur les hanches et le menton vers le Bosphore d'Almásy. L’enfant répète encore ses mots. La femme sourit. La femme se moque de l’enfant. La femme tend la main vers l’enfant. L’enfant recule. L’enfant ne veut de la méchante délicatesse de la femme ; l’enfant ne ment pas. L’enfant insiste. La femme n’écoute plus l’enfant. La femme se lève, s’approche du bord du trottoir, et observe le bus à l’arrêt devant le sémaphore à quelques mètres de l’auvent transparent. La femme prend de force la main de l’enfant qui ne veut pas.
Maxime Courban
Internaute




 

Un bref instant de lucidité


Tout à coup Jean-Claude eut une vision ! Par-delà ces forêts, ces collines et ces vallées, il vit l'avenir de sa tribu. Des pays, des frontières, des guerres, des villes, des voitures, des embouteillages, de la malbouffe, des maladies, des médicaments dangereux, des banquiers malhonnêtes, des traders fous, des politiques dépassés par les événements et, au bout du compte, l'ensauvagement inévitable de la société. Alors Jean-Claude se retourna vers les siens et, à contrecœur, leur annonça : "Pas la peine d'aller plus loin mes amis. On rentre chez nous. Y a rien de bon par ici."

Mouais, finalement...



Il existe nombre de ces moments où un homme, réalisant son rêve, a été confronté à son indigence et à sa vanité. Ainsi tel pharaon, jaugeant sa pyramide achevée, s'est dit que, finalement, elle n'était pas si grande que ça et surtout un peu lourde du cul, malgré les dénégations véhémentes de son architecte, vociférant de rage et de douleur, depuis le bassin aux crocodiles où la déception du prince l'avait précipité. Ainsi tel touriste du cosmos, ayant dépensé plusieurs millions de dollars pour obtenir le privilège de se retrouver suspendu dans l'espace au dessus de la planète bleue, a soudain ressenti une énorme et soudaine envie de faire caca, tandis que, avisé de sa requête, le centre de contrôle lui interdit absolument cette libéralité dans un scaphandre qui n'était pas prévu pour ça et lui intima l'ordre de patienter les deux heures et demi nécessaires à son retour en toute sécurité dans la navette.

L'oeuf et la poule


Question métaphysique
Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.
Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.
Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Haïku historique



Vercingétorix
Se réveille de bonne heure
Gaule du matin

Semons le doute



1517: Marignan
1889 : Révolution Française
Pi : 7,14,41
L'orange : Pond des oeufs, fait cot cot.
Henri IV : Mort en voiture avec Camus.
La terre : Carrée, comme une prune
Le ciel : Salé, plein de poissons.
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