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These boots...


"L'art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art" (Robert Filliou)

Je suis assis, à l'atelier, et je décide de faire marcher mes yeux à fond pendant environ 5 minutes... mais à fond ! ça veut dire pas juste regarder ou voir, mais bien plus que ça... je dévore tout... je bouffe des yeux, je me gave, je me baffre : tout y passe... mes toiles, bien entendu, mais surtout les murs, les poignées de portes, le sol, les taches par terre, les taches sur le mur, les objets, les détails des objets, les couleurs, les ombres, la lumière... je fixe la lumière en écarquillant, je m'explose le nerf optique, je m'en fais mal aux iris, aux pupilles, aux paupières, j'ai la cornée qui s'enflamme et j'ai l'humeur vitrée (!) puis, je saisis mon appareil, je pose mes pompes devant ces cartons dont les fonds colorés sont en train de sécher (avant que j'y claque des pochoirs en noir et blanc) et je shoote mes vieilles boots mexicaines en fin de vie avant de me passer de l'eau sur les yeux et de reprendre une vie normale...
Jef Aérosol
Internaute




 

Que vaut l'opposition du travail manuel et du travail intellectuel ?


- M'sieur, il y a un problème avec la plaque, il y a rien dessus !
J'imprime rien ! Juste les repères de coupe.
- Mais non idiot ! C'est toute la force de mon oeuvre totale et minimale... la présence de l'absence, je
remets en cause le geste artistique, son aura, son authenticité. La quintessence de mon art prend tout
son sens dans le réductionnisme de l'action d'imprimer...
- Je ne vais quand même pas imprimer 600 feuilles sans mettre de l'encre !
Prenez la ramette directement !
- Mais il ne comprend rien votre technicien ! On imprime l'invisible, on imprime l'air, le vide...
- Bon, ok, laisse tomber René ! Lance la bécane qu'il signe le Bon à Tirer, et on facture l'impression !
Cherche pas à comprendre.
- Le BAT je ne le signerai pas de ma main. Je vous ai commandé 600 exemplaires et pas 601. Ça revient
à signer un exemplaire de plus. Et qu'est ce que vous allez en faire de cet exemplaire !? Le revendre sur
internet pour vous faire de l'argent sur ma démarche ? Non ! Marquez vous-même BAT de votre main.

Les secrets de Jean Piero


Ventscontraires.net vous ouvre les coulisses de ses "Pièces Montées", diffusées dans le journal 3D sur France Inter
Jean Piero n’est pas vraiment journaliste, il vient de l’univers du spectacle, par la chanson, et de celui des arts plastiques. Pourtant, on pourrait s’y tromper, puisqu’il se balade avec un micro en posant des questions, autour d’une thématique imposée chaque dimanche par Stéphane Paoli pour son émission en direct du Rond-Point. Le résultat radiophonique (ses "Pièces Montées" dont vous pouvez entendre quelques pastilles sur ventscontraires.net), c’est un joyeux mélange de voix, d’idées folles et de vérités aussi. Et évidemment, lorsqu’on est auditeur, on se demande quel est son secret de fabrication…
D’abord, il lui faut trouver un lieu, le plus silencieux possible, pour des raisons techniques évidentes. Donc il fuit les bistrots, qui sont aujourd’hui pollués par les musiques d’ambiance (ça l’énerve) et leur préfère les jardins publics, les galeries, les beaux magasins. Il faut que les gens y soient prédisposés à la beauté.
Ensuite, il choisit ses voix à leur air disponible, et les aborde avec le matériel d’enregistrement le plus discret possible. Lorsque toutes ces conditions idéales sont réunies, il peut poser ses questions, dans un ordre bien précis. A écouter Jean Piero, tout est dans la question, longuement pensée. Après, il faut laisser faire : "Si on fait confiance aux gens, on a souvent des bonnes surprises. Chacun a de la poésie en soi, on est tous, quand on le veut, de grands producteurs de surréalisme, ne serait-ce que dans nos rêves." La psychanalyse, d’ailleurs, n’est pas bien loin… "J’écoute la signification des mots et je rebondis. C’est de l’interprétation libre : en suivant le sens des mots, on peut aller dans des endroits totalement inattendus." Alors, pas de trucage ? "Parfois, quand on trouve un bon mot avec quelqu’un, je le lui fais répéter. C’est une écriture commune, où tout est permis". Il peut aussi organiser des dialogues entre des personnes qui ne se sont pas vues. Ça, c’est le boulot de montage, lors duquel il travaille aussi le rythme, l'équilibre, les respirations, bref, tout ce qu'on attend dans son poste et qui a l'air de couler de source… Jean Piero a un site, on peut y entendre ses séries radiophoniques des années précédentes, écouter ses photos et y voir ses images : jpiero.com. Et entendre sur ventscontraires.net quelques-unes de ses pièces montées.

(image Jean Piero)
 

La mouche du peintre 


Une mouche s'est posée sur le pinceau du Greco.
D'un coup sec le peintre trace une large volute ascendante et colle la bestiole en peinture. Engloutie dans le pigment jaune, qui enveloppe l'ange au sommet du tableau, elle fixe ainsi pour des siècles, de ses grands yeux morts, les visiteurs du musée, debout, silencieux et groupés au pied de la grande toile de " l'enterrement du Comte d'Orgaz "; mais qui pourrait la voir ?
 
Beaucoup plus tard et bien loin de Tolède, en Basse Normandie, dans une vieille grange du bout du chemin convertie en atelier, un vieux peintre solitaire cherche à faire éclater "la plus haute note du jaune", de petites ailes noires et transparentes viennent troubler sa vue, « pardon mouche » et d’un coup de pinceau il la colle sur une toile de juillet. 
Enfin son extrême tension disparaît. Avant de s'endormir dans son fauteuil aux bras maculés il a juste le temps de penser :
" – Toi, tu es la mouche du peintre, tu me porteras bonheur ".   
Jean-Loup Martin-Melville
Internaute




 
 

Conférence instantanée 2


Pour qui a consacré sa vie
au rien
créer peut être une distraction
fatale
Pierre Cleitman
Internaute




 

"Le journal d'un génie" de Salvador Dali


Le "Journal d'un génie" de Salvador Dali est un livre drôle et loufoque à conseiller aux amateurs de peinture (et de Dali en particulier), à tous ceux qui s'intéressent au mouvement surréaliste au sens large ... et aussi à ceux qui chercheraient un souffle de folie et d'excentricité dans leurs lectures.

Ce journal de Dali mêle en effet pensées profondes, critiques acerbes contre les écrivains surréalistes qu'il fréquenta, déclarations d'amour enflammées à Gala, délires mystiques et témoignage sur son travail de peintre au quotidien. Les écrivains surréalistes en prennent pour leur grade au passage... mais c'est plutôt jouissif !

Un journal drôle et éclairant d'un peintre génial qui traversa le XXe siècle avec une folle légèreté !

Un livre à lire dans la collection "L'Imaginaire" de Gallimard, une excellente collection dont on peut conseiller tous les titres. 
 

Doué



– Oh, mais il est très joli ton dessin mon petit, c'est quoi ? 
– C'est la Goulue, et je m'appelle Toulouse-Lautrec, connard.

L'artiste du post-it


Pietro est un post-it artist. Posture artistique s'il en est mais rien ne viendra altérer sa soif d'unité de format et de support, j’ai nommé le vilain petit post-it jaune. Pietro a commencé en gribouillant des fantômes pointus tandis que des clients calamiteux lui commandaient des tubes, des tuyaux et des conduits. Quand il a été débarqué pour faute professionnelle grave, il nous a dit "m'en fous, mon art m'attend". Sans jeu de mot. Nous lui avons offert des palettes de carnets de post-it jaunes volées aux fournitures. Le mois suivant, il fit son vernissage. Les murs de son appartement était entièrement tapissés de son travail intitulé "Gribouill'it". A dix euros l'exemplaire, il en vendit quatre. Ce qui l'encouragea. Il demanda à Post-it de parrainer sa prochaine exhibition. Le scélérat qu'il eut en ligne le lui promit à condition qu'il fasse des "femmes à poil car y a qu'ça qui s'vend". Depuis Pietro dessine la femme qu'il aime, petit bout par petit bout, espérant finir l'ensemble avant que chaque post-it ne se dessèche.  

Dessin : Dominique Cozette

Dado, clochard céleste


Portrait 9



Dado n’est pas mort.
Dado crie sur les murs.
Miodrag Djuric dit Dado est né le 04 octobre 1933 au Monténégro.
Enfant, il connaît la guerre et la mort de sa mère.
Dado sait que l’homme est un monstre tendre et dégoûtant.
Il arrive en France en 1956.
Rencontre Dubuffet, Matta, Michaux.
Il peint des monstres, des chairs, des êtres de sang et de merde.
Il peint la joie aussi. La grande foutraquerie du monde.
Il colle, croûte, sculpte, crotte, colore, carnage.
En 1974 il va peindre chez les pygmées.
En 1975 il squelettise une traction avant.
Il a des tableaux à Beaubourg, New York, au centre Pompidou, à Amsterdam.
En 1994 Gille Deleuze lui écrit une belle lettre de soutien.
Dado travaille les murs à l’intérieur des ventres et les ventres à l’intérieur des murs.
Il se rapproche du graffiti en peignant les murs de son moulin, d'un vieux blockhaus, ou d’une ancienne Léproserie.
Il dit du mot œuvre qu’il est ridicule et prétentieux et que son seul travail est d’aller chercher son petit fils à l’école.
 
 

Haïku de comptoir 55



Picasso
Dessine un thon
Sur son assiette

Roll & Rops


Félicien Rops
Belge et re-rebelge, Félicien Rops (1833-1898). Peintre, caricaturiste, illustrateur, aquafortiste, donc artiste de l’acide. De lui, il disait : « Je sais que je ne respecte pas assez les notaires, que je suis étourdi comme un hanneton et insouciant comme un moineau, je sais que je ne suis pas utile au bien de l'Etat mais ce dont tu ne doutes pas et qui ferait tomber en syncope tous les gens sérieux jusqu'à la cinquième génération mâle, c'est que je suis heureux et presque fier d'être ainsi ; et non autre... ceci je l'espère passe les bornes d'une honnête insanité... » A Namur, il ne faut pas manquer de visiter son musée sis entre la gare et la Sambre. De Bruxelles, empruntez la E411 puis la sortie 13 (Champion). Prix d’entrée : 3 €. Etudiants, troisième âge : 1,50 €. Enfants : gratuit. Rops faisait dans le drôle et le noir, à la pointe sèche. En témoignent les titres de ces œuvres : La Peine de mort, L'ordre règne à Varsovie, La Médaille de Waterloo, La Buveuse d'absinthe, Satan semant des graines, La Grève ou Mors syphilitica. Il estimait que « l'amour des jouissances brutales, les préoccupations d'argent, les intérêts mesquins, ont collé sur la plupart des faces de nos contemporains un masque sinistre où l'instinct de la perversité, dont parle Edgar Poe, se lit en lettres majuscules; tout cela me semble assez amusant et assez caractérisé pour que les artistes de bonne volonté tâchent de rendre la physionomie de leur temps ». Dans son œuvre, beaucoup d’érotiques, moyen le plus direct de mettre les conventions à nu. Un ouvrage de 1888, jolie perle bibliophilique chinée le samedi 30 avril, nous livre cette anecdote : Félicien Rops connaissait bien Auguste Poulet-Malassis, exilé en Belgique en 1863. C’est l’éditeur de Baudelaire dont Rops illustrera par la suite Les Epaves. A Bruxelles où le poète le rejoint au printemps 1864, couvert de dettes, miné par la drogue et la maladie, Poulet-Malassis s’est promis d’organiser une rencontre entre les deux artistes. Il a choisi un café pour faire les présentations. -Baudelaire. -Rops. Présentations faites. Le serveur du café attend les ordres. Baudelaire interroge : -Que vous offrirai-je monsieur Rops ? Le peintre esquisse un vague geste de la main. Manière de signifier : « Qu’importe ! Ce que vous voudrez ! » Baudelaire se penche. Il a une voix qui s’insinue, un débit lent, une manière aussi de détacher les syllabes, de planter son regard comme un pieu… -Si nous… prenions… un bain ? Rops demeure impassible. D’une voix enjouée, il répond : -J’allais vous le proposer ! Ces deux-là deviennent aussitôt amis. -

Pierrick Sorin


Portrait sans valeur / autoportrait en monstre

Pierrick Sorin, autportrait en monstre,ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point
Seul Pierrick Sorin peut dire qui est Pierrick Sorin. Tout portrait de Pierrick Sorin qui n'est pas réalisé vidéastement par Pierrick Sorin est faux. Tout écrit sur Pierrick Sorin qui n'est pas signé de sa main ne raconte rien sur Pierrick Sorin. Considérez donc que les lignes qui suivent – dont il n'est pas l'auteur – sont une accumulation de suppositions biographiques et d'analyses approximatives de son œuvre qui n'ont aucune valeur.
Pierrick Sorin est né à Nantes en 1960. Il a fait l'école des Beaux-Arts dans cette ville. Il y vit. C'est un iconoclaste laconique dont la placidité drolatique le rapproche de Méliès, Buster Keaton, Tati et surtout de lui-même. Ses œuvres sont composées de trois matériaux : la vidéo, son physique et sa voix, des textes intelligents qui rappellent que ce n'est pas parce que ce qu'il fait est magique, cocasse, superficiel et rigolo et qu'il est le seul interprète, que ce n'est pas du grand art. Il n'a pas besoin de le dire, nous savons que c'est du grand art puisque c'est de l'illusion d'art. Quand c'est du vrai art, ce n'en est plus.
Titres de quelques-unes de ses œuvres :
– Jean-Louis Pichon, Seigneur de la nuit
– A vieille mule, frein doré
– Martin met ses lunettes, puis son chapeau
– L'Homme qui aimait les biscottes
– Espace-temps et petites cochonneries
– L'Artiste, le méchant et le conservateur
– J'ai même gardé mes chaussons pour aller à la boulangerie
– Opérateur personnel de chirurgie faciale
– Le Générateur de gros bébés
– 143 positions érotiques
– Tentative d'expression de la beauté intérieure
22h13, ce titre est susceptible d'être modifié d'une minute à l'autre
Il y en a des centaines d'autres.
Voir pierricksorin.com.
Il a exposé, performé, projeté, joué dans des galeries, des musées et des théâtres prestigieux. Il est seul, toujours, comme tout le monde, il se regarde comme tout le monde, mais il le fait mieux que tout le monde.

vidéo : Pierrick Sorin, Autoportrait en monstre, 2000
Collection de la Maison européenne de la photographie

courez-y voir l'exposition Autour de l'Extrême - mois de la Photo à Paris - jusqu'au 30 janvier 2011

4. Duchamp à soi


Combien de temps ça dure 2 minutes ?

Hélios Azoulay,musique incidentale,ventscontraires.net,Théâtre du Rond-Point
Une série où Hélios Azoulay parle et au bout de 88 secondes vous entendrez 24 secondes de musique incidentale.

Venez écouter Hélios Azoulay et son concert de musique incidentale ce samedi à l'Université Monstrueuse

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