Je dois vous l'avouer, ce bon gros et
gentil mois de MARS aux joues rosies par les bourrasques
printanières, ce mois qui fête avec le sourire saint Habib, sainte
Larissa et saint Gontran, patron des valets de chambre, ce charmant
mois de mars qui rallonge la lumière du jour pour que le poète
puisse terminer son quatrain sans la lampe halogène qui abîme la
rime, eh bien, ce mois de mars m'inquiète. Car, à le regarder de
plus près, il est bizarre.
D'abord, comme la limande-sole et le
ris de veau, le mois de mars n'a pas de milieu. En effet, où est la
mi-mars ? Qui le sait ? Le 15 du mois ? Non. Car 15 et
15 font 30 et mars comporte trente et un jours. Le 16 serait-il alors
son centre ? Non car 16 et 16 font 32. Je vous épargne le 17...
Mars est donc un mois en déséquilibre, d'où son manque de morale.
Il n'est qu'à voir la façon dont il quitte le signe des Poissons
pour pénétrer dans celui du Bélier ! Attitude zodiacale pour
le moins volage, sans compter qu'à peine Mars, le dieu de la guerre,
lui donne son nom, qu'il le prête aussitôt à une planète rouge où
vivent de petits hommes verts...
A ce propos, on vient de découvrir que
les traces de vert et de rouge sur la planète Mars indiqueraient la
présence de Basques qui s'y seraient réfugiés pour pouvoir
pratiquer tranquillement leur tennis avec des paniers à pain au bout
des bras sans qu'il y ait trop de monde qui rigole autour.
Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi