Harry Smith, clochard céleste
Portrait 26
Harry Smith était un sacré
bonhomme.
Harry Smith était ce qu’on appelle un homme d’avant-garde. Autrement
dit, il était devant. Loin devant.
Harry Smith est né en 1923 et
mort en 1991.
À 15 ans il rédige un dictionnaire
des dialectes indiens de sa région. Il apprend la langue des signes des Kiowa.
Puis il fait de
l’anthropologie, de la philosophie, de la théosophie.
Mais Harry Smith est avant tout un peintre.
Il fume de l’herbe avant tout
le monde. Fait des films expérimentaux avant tout le monde. Devient
psychédélique avant tout le monde.
Harry Smith est l’homme qui
enregistra l’Anthologie of American folk
Music. Bob Dylan lui baise la petite peau des ongles.
C’est aussi un passionné de
jazz. Parker, Gillespie, Monk sont ses potos.
Et puis vient l’heure des
Beat. Ginsberg, Corso, Orlovsky testent avec lui quelques hallucinogènes.
Harry Smith est un savant fou
qui parle mille dialectes, produit des projets sonores et vidéo. Il voulait que
les sons et les images, les couleurs et les musiques copulent en une grande
partouze galactique.
Harry Smith avait le sourire
hirsute d’une souris cosmique.
Harry Smith possédait la plus
grande collection d’avions en papier du monde.
Harry Smith était un résident
permanent du Chelsea Hôtel. C’est là qu’il est mort en 1991.