On
pourrait croire que cette publicité n’est rien d’autre qu’un tableau niais,
absurde et clichetonnant d’un bonheur familial parfait tel qu’on en rêvait dans
des temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
Eh bien c’est plus ou moins le cas. Car ce spot est en fait
une reprise de
ce
spot, datant de 1976.
Et puisque la publicité est un miroir de la société, menons
une analyse comparative des deux versions pour en tirer des conclusions sur
l’évolution (ou la non-évolution) de la société.
On notera par exemple, que l’on fait moins d’enfants en 2011
qu’en 1976 : 3 contre 6. Les deux restant cependant au-dessus du taux de
fécondité français. Car chez nous, au moins depuis Pétain, une famille parfaite
est une famille nombreuse. C’est aussi toujours Madame, en rose, qui cuisine,
même si Monsieur, en bleu, est présent en 2011, alors qu’il est absent en 1976.
Pour ça, merci les 35 heures !
On remarque ensuite des changements dans les préoccupations
des parents. Dans les années 1970, Madame fait de la purée Bidule car elle est
« sûre que tout le monde en reprend ». Puis l’obésité est passée par
là, 3 des enfants de la première pub sont morts avant 40 ans d’une maladie
cardiovasculaire, et l’on s’est mis à privilégier la qualité à la quantité. En
2011, Madame est « sûre de ce qu’il y a dedans », mais aussi,
heureusement, « sûre que tout le monde est content ». Ben oui, 35 ans
ont passé, mais le rôle de bobonne est toujours le même : contenter
Monsieur et ses petits chérubins.
Mais comment fait-on pour savoir aussi précisément ce que les gens attendent
de la vie et de la purée lyophilisée en 2011 ? Eh bien, on n’a pas trouvé
de meilleure idée que de le leur demander. Alors on a plusieurs façons de faire
bien sûr. Dans le cas de ce chef-d’œuvre audiovisuel, il est fort probable
qu’on ait réuni dans la même salle une petite dizaine de mamans avec deux
points communs. D’une part, elles font de la purée lyophilisée à leurs enfants,
et d’autre part, elles ont du temps à perdre pour des études consommateurs. Face
à ces femmes, un spécialiste hautement qualifié (comprendre : un étudiant
en psychologie) observe, relance et oriente la discussion, qui sera enregistrée
et décortiquée pour trouver LA vérité de ce que vivent au quotidien les
consommateurs de purée lyophilisée.
Non, bien sûr que non n’attend pas que le consommateur nous
donne une idée. Non. Bon, d’accord, quand, à la 12
ème minute, Madame
Duchemin a glissé un « ben une chose est sûre hein, quand je fais de la
purée Bidule, je suis sûre de ce qu’il y a dedans ! », ça ressemblait
à l’idée qu’on a eue, mais ça n’a fait que révéler une solution qu’on avait
déjà à l’esprit sans le savoir.
Bon par contre, je mettrais ma main à couper que pourtant, personne
n’a dit « ben une chose est sûre, moi quand on me prend pour une cruche,
ça me donne envie d’acheter de la purée Bidule !»