S.J.
Il y a déjà une bonne semaine mourait un certain patron goût pomme.
A la
nouvelle de sa disparition, Les RIPs ont fleuri sur les réseaux sociaux,
épitaphes laconiques partout multipliées. Des pages d’accueil de sites ont été repeintes
en noir ; les médias en ligne ont publié des bouquets d'hommages où, souvent, l'on pouvait lire les mots
« visionnaire », « changé le monde » ou, plus rarement,
« ouvriers chinois ». Une partie de l’Internet mondial s’est
confondue dans les condoléances et l’émotion partagée.
Ainsi,
aujourd’hui, s’en vont les grands de ce monde : au milieu d’une vaste
explosion de petites phrases et de bavardages numériques. Le statut Facebook
remplace la statue de marbre ; l’entrée des Panthéons modernes, plutôt que
par la voix vibrante d’un Malraux, est saluée d’innombrables gazouillements.
Les fleurs et les couronnes sont virtuelles, intangibles, lointaines, multiples
et anonymes. Elles se fanent tristement dans les quarante-huit heures. Assis
dans son fauteuil de bureau, l’internaute regarde passer toute cette froide émotion
et, sans savoir très bien pourquoi, se sent vaguement mélancolique.
Restent, dans un coin de cimetière, quelques chrysanthèmes véritables. Ils flétriront, paraît-il, un peu moins vite.
Au fond, rien n'a changé...