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Une sexualité épanouie


Jean-Claude Suco : enquête sur la vie des gens



Evelyne et Bernard-Marie Lanzennac par Jake Raynal

Chansonnette des parents



les enfants

par hasard par derrière par devant

à tort à travers ou simplement 

en deux temps trois mouvements 

l’un dans l’autre et réciproquement


les enfants 

faits sous les ponts un soir de printemps 

sur les toits le soir de la saint jean 

dans un lit entre des draps de soie 

ou dans la poussière d’un vieux divan


les enfants 

seul à deux en groupe ou en priant

faits par choix par erreur partouzant 

dans les trains dans les choux dans le vent

dans l’envie du moment


les enfants

faits en couleurs faits en noir et blanc 

les jours ouvrés le jour de l’an

qu’on les fasse à demi 

en partie à moitié finissant


les enfants

qu’on les fasse sur le pouce sur les dents

pour l’amour de l’art ou pour l’argent

par la peur de la nuit solitaire ou

la peur de l’horreur du néant


les enfants

qu’on les fasse pour passer le temps
debout couché assis ou devant

la télé les infos au resto dans la rue

ou parmi les passants 


les enfants

on les fait pour savoir quoi comment

faire de l’amour qu’on a au-dedans

tout au fond tout enfoui tout rentré 

dans le cœur dans le sang


les enfants

on les fait pour arrêter le temps

pour filer doux au vieillissement

pour finir tranquillou pieds devant

et quitter le monde ravi content


mais l’enfant

déjà né déjà là déjà grand   

déjà laid déjà trop de mouvements

trop de bruit trop de voix 

trop de cris trop d’odeurs et de vents


mon enfant

sur l’avenir mon investissement

dans ce machin sale et vacillant

déjà lent déjà loin déjà mou 

déjà si décevant


les enfants

on les faits pour savoir quoi comment

faire de tout l’amour qu’on a dedans

et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent

comme deux ronds de flan

Ne faites-pas l'amour le lundi


Ne faites-pas l’amour le lundi. Sinon rien d’autre à faire les autres jours de la semaine. Ne faites pas l’amour le mercredi. C’est le jour des enfants. Ne faites pas l’amour le jeudi. Le CAC 40 est toujours au plus haut. Ne faites pas l’amour le vendredi. Le thermostat est en panne. Ne faites pas l’amour le samedi. C’est France-Angleterre. Ne faits pas l’amour le dimanche. Madame Soleil l’a déconseillé. Et le petit Prince a dit. Ne faites pas l’amour les jours fériés. Sarkozy a dit : au boulot ! Ne faites pas l’amour les 29 février. Risque de trou noir selon la météo. Ne faites pas l’amour les jours de fête. (-Pourquoi ? Ben, oui, pourquoi ? – C’est l’enterrement d’Yvette. Vous savez, Yvette, la… – On s’en fout d’Yvette. – Vrai, qu’on s’en tamponne. Des Bretonnes, du CAC 40, de Sarko , des mômes, du foot, de Madame Soleil et de madame Yvette. Poil à la qué… Non, ça c’est interdit tous les jours de la semaine. Même le… ? Oui, même.)  

Gaspard Proust : '"La vie se réduit à très peu de choses"


Gaspard Proust : "La vie se réduit à très peu de choses", ventscontraires.net, Théâtre du Rond-Point
 

Dernière volonté



Quand grand-père formula pour la dernière fois son désir urgent de faire l'amour à sa femme, la famille réunie à table écarquilla les yeux. Père nous ordonna de finir la soupe, Mère s'empressa de faire du bruit en changeant les assiettes, et oncle Albert demanda à grand-mère si elle avait bien pris son laxatif, cela dans le seul but d'effacer le sourire béat apparu sur le visage de l'aïeule.
Christian Chavassieux
Internaute




 
 

SMS


Rire et résistance en République islamique d'Iran
Dans mon pays, la soif de rire se fraie un chemin de manière irrésistible. Sitôt que le gouvernement ferme une vanne, l'esprit moqueur ressort par un autre canal : par exemple les SMS, qui ces dernières années sont devenus un véritable phénomène de société chez nous. Au point que lors de contrôles routiers après une nuit de fête, les policiers prêtent autant d’attention à votre portable qu’à votre taux d’alcoolémie.
Toutes générations et tous milieux confondus, les Iraniens s’échangent par SMS les dernières blagues sur le sexe, le pouvoir, la dévotion et l’hypocrisie morale. Exemple cette blague qui fait fureur sur les portables des jeunes filles sur le chemin du collège : « Un cul dévale en courant les rues de Téhéran. Depuis leurs balcons, les habitants lui demandent : “Pourquoi cours-tu si vite ?“. Le cul répond hors d’haleine en disparaissant au bout de la rue : “J’ai entendu qu’à présent ils arrêtent tous ceux qui ont la raie au milieu !“ ». Ou l’histoire de cet Iranien d’origine turque se trouvant à la Mecque à circambuler autour de la Kaaba et qui s’exclame : « Oh Dieu, que je suis heureux d’être enfin auprès de Ta tombe ! ».  

Manijeh
Internaute




 

L'amour vache


Elle et lui

Lui : J’étais … « bien » ?
Elle : Il y a eu mieux.
Lui : Pourtant…
Elle : Ne t’en fais pas, c’est toujours mieux avant.




Vous n'avez pas été sage


C'est l'heure de la rigueur

L'odeur de l'amour


Jeannette était heureuse. Enfin, enfin ! Elle avait déniché cet homme charmant, ce compagnon galant, cet amant responsable qu’elle avait tant espéré depuis des lustres. Se remémorant leurs fougueux ébats de la veille, elle esquissa un sourire radieux. Le souvenir en était encore si présent ! Les gestes, les regards, la marque des étreintes au plus intime de la chair et jusqu’à cette coquine odeur de caoutchouc brûlé qui témoignait de l’ardeur de leur amour.

J'attrape mon coeur


Pastiche de Frédéric Beigbeder datant de la préhistoire, c'est-à-dire d'avant son "Roman français"

C’était peu après les attentats du 11 septembre. Et c’était surtout après une nuit bien alcoolisée. Ou peut-être que c’était le contraire. Je ne suis pas bon en chronologie des événements. À part pour déshabiller une fille. Ça, je sais qu’il faut toujours commencer par le bas. C’était d’ailleurs sûrement ce qui s’est passé la veille, puisque je me réveille près d’une fille. Une fille aux seins littéraires. Enfin, quand je dis seins littéraires, je pense best-seller. Une fille aux seins Marc Lévy si vous préférez. Je n’ai plus la moindre idée de qui elle est. Faut dire aussi que je ne suis même pas foutu de me souvenir dans quelle ville je suis. Elles se ressemblent toutes, avec leur Zara et leur Macdo. C’est bien simple : plus je voyage, plus j’ai l’impression d’être chez moi. Même si chez moi, c’est aussi vague que le temps où je n’avais pas de succès. Je suis une putain de star, je me dis parfois, tout en sachant que rien ne changera à rien, que la vie c’est juste une course pour monter tout en haut des tours jumelles de New York.
« Je m’appelle Lola, a dit la fille.
- Et tu n’étais pas avec une copine hier soir ?
- Si, ma sœur jumelle.
- Ah les jumelles encore.
- Mais elle a dû partir. Elle avait cours.
- Ah bon. Mais vous avez quel âge ?
- Heu… 16 ans.
- 16 ans ?
- Oui, enfin dans six mois.
- Quoi ? Mais tu es beaucoup trop vieille pour moi !
- Mais… mais non…
- Et puis tu n’as pas assez d’expérience.
- Pas du tout. J’ai déjà vécu trois ans avec Gabriel Matzneff.
- Ah tu vois ! L’amour dure trois ans ! Ça ne m’intéresse plus de savoir la fin avant le début. Et puis le matin, rien n’est pareil. Je ne suis pas drôle. J’ai l’impression de vivre à Bagdad ».
C’est une phrase que je sors souvent. C’est fou le nombre de fois où j’ai répété les mêmes choses aux mêmes filles dans les mêmes endroits où j’étais habillé pareil, avec ma carte qui a toujours la même couleur : bleue. Et toujours, cette phrase attendrit les filles. C’est le mot Bagdad. Elles aiment ça. Les plus jeunes pensent que c’est un truc sexuel, que je vais leur bagdader le cul, ou quelque chose comme ça. Alors celle-là, la Marc Lévy poitrinaire, elle s’est approchée de moi, comme si elle n’avait pas compris que la veille au soir, c’était juste un autre siècle. Je l’ai repoussée avec mes doigts de pied.
« Mais…
- Il n’y a pas de mais. Tu t’en vas.
- …
- Laisse-moi ta culotte, et file ! »
La fille est partie. Je me suis levé : c’était la conquête d’une nouvelle journée, qui serait la conquête d’une nouvelle soirée. Ma vie était celle d’un égoïste romantique, d’un homme sans qualités, d’un Ulysse à la recherche du temps perdu, d’un voyage au bout de la nuit, tous les mots et tous les chefs-d’œuvres me tombaient sur la tête, comme les pluies lentes d’automne. Je voulais pleurer en imaginant ce bonheur que je trouverais un jour dans des prairies aux pétales multicolores. Mais cela faisait si longtemps que je n’avais pas pleuré. À part peut-être devant le visage de Natalie Portman dans le dernier film de Wes Anderson. Ou alors c’était peut-être à cause des valises Vuitton ? Je n’ai plus de larmes en moi : je bois trop pour cela. C’était le matin, l’heure d’appeler le room service. Le soir, j’appelle des putes, et le matin, je mange des pâtes. Ah, ah. Et je rêvais surtout de ne plus être moi. De m’oublier, et de disparaître comme l’avait fait Salinger. Si un jour je voulais attraper un cœur, ce serait le mien.

Les méfaits du sport


"- Jeannette ! Je t'ai déjà dit de ne pas pratiquer ce genre d'exercice ! C'est dangereux pour ta santé ! Tu risques de provoquer une descente malencontreuse de tes humeurs ovariennes jusqu'au cerveau ce qui pourrait te donner des idées lubriques tout à fait déplacées !"

Ne pas confondre


"Pratiquer un coïtus interruptus avec une nonne"
et
"Se retirer dans un couvent"
illustration : Clovis Trouille

Chronique Rurale


Quatrième jour : les seins de Nadine.

> Premier épisode                    > Episode suivant

Ses seins ronds et fiers semblent toujours se porter aussi bien, sous son sous- pull moulant en lycra mauve. Jamais ils ne renoncent, jamais ils ne baissent la tête. Nadine est célibataire, en tout cas elle n’a pas d’alliance et personne ne vient la chercher à la sortie du boulot. Elle habite un petit pavillon juste derrière l’école primaire, et elle prend le bus tous les matins pour se rendre au supermarché Paclerc, où elle exerce l’admirable métier d’hôtesse de caisse.  
Chacun de mes passages en caisse n°4 -en général le jeudi soir et le lundi matin- sont l’occasion d’un étrange rituel que nous partageons Nadine et moi, de façon quasi- inconsciente : alors que  je m’apprête à sortir mon portefeuille afin de m’acquitter de l’impôt citoyen en faveur de la croissance et de la relance de la consommation, elle soulève soudain son frêle menton vers moi, me sourit sensuellement (ça lui échappe), et me demande d’une voix simple, mais qui me fait immanquablement sursauter (et parfois, je l’avoue, rétrospectivement, bander) : « vous avez la carte de fidélité ? ». Me dit-elle avec son regard vert. J’ai souvent l’irrépressible envie de lui répondre que oui, qu’à elle je pourrai être fidèle toute une vie, que ses lèvres naturellement glossées me donnent des rougeurs, que quand je la voie j’ai envie de chanter, que je me déshabille tous les soirs et que je mets mon pyjama en pensant en elle, et tant d’autres choses si romantiques. Mais je me contente de dire non, de penser cyniquement que jamais je n’ai été fidèle à quelqu’un ou à quelque chose, ni que personne d’ailleurs ne l’a jamais été à moi-même, alors que je ne vais pas commencer ma carrière en fidélité par un supermarché. Ca fait bip, je mets ma carte, je tape mon code, et un nouveau client me dérobe alors le sourire et les seins de Nadine.

Je sors, écrasé par la désillusion, affamé de sexe et d’amour, tout espoir tué.
 
 

XXS


Censure ni reproche.


Pensez au standing de la revue, messieurs les contributeurs.





Gaspard Proust : "Je suis très fier de votre autonomie"


Gaspard Proust : "Je suis très fier de votre autonomie",ventscontraires.net,théâtre du rond-point

Chambre avec vue


Carte postale de Guernesey
A ce balcon, il accrochait un mouchoir blanc pour lui signifier qu’il avait bien dormi.  Et depuis sa maison au trois fenêtres, (à droite), elle guettait la nouvelle. ça faisait  plus de trente ans qu’elle était sa maîtresse,  elle avait renoncé à sa vie d’actrice comme il le lui avait demandé, elle vivait cloîtrée, ne sortait qu’en sa compagnie, s’effaçait devant l’épouse officielle, et faisait ses malles à chaque exil. A Guernesey, elle souffrait du climat, de la goutte et de ne plus être belle. Et lui faisait encore en sorte qu’elle le cherche des yeux ! « J’attendais le jour depuis bien longtemps pour avoir ma chère petite lettre, enfin je la tiens ! Je la lis, je la baise et je l’adore ! Mais j’entends que tu ouvres ta fenêtre, je la quitte pour courir à toi… C’est fait je t’ai vu ! …». Il était 7 heures trois quart le 1er janvier 1862. Il accrochait son mouchoir blanc.  Elle aurait dû s’en foutre Juliette qu’il dorme bien sans elle. Mais non, c’était Victor Hugo.
 
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