Un dinosaure à déclarer
Histoires d'Os 14
Sous son képi autoritaire, le
douanier italien ne voulait rien entendre. Il venait de contrôler la cargaison
du véhicule et les explications savantes du jeune homme qui la transportait, ne
faisaient que l’agacer. Ces caisses contenaient un squelette. Un cadavre
d’animal auquel ce prétentieux prétendait naïvement faire franchir la
frontière, au mépris des règles d’hygiène et des obligations douanières.
L’homme avait beau lui expliquer dans son verbiage entortillé qu’il s’agissait
d’un dinosaure, mort depuis des millions d’années et qu’on l’attendait à Venise
pour l’exposer, très légalement, dans le nouveau Muséum, le zélé fonctionnaire
demeurait intraitable.
Il voulait bien admettre les
raisons scientifiques du chercheur de fossiles et ne pas trop insister sur
l’aspect sanitaire ni sur l’aspect moral d’une telle opération (ce n’était pas
de son ressort) mais il devait aussi accomplir son devoir douanier. Dans la
mesure où ce squelette était comme il l’avait compris, un objet de collection,
il devait bien avoir un prix, une valeur à mentionner sur la déclaration afin
que l’administration puisse calculer ses droits. Alors, c’était au tour du
jeune homme arrogant de se montrer embarrassé.
Et c’est ainsi qu’une équipe
d’experts (juristes et paléontologues) fut dépêchée depuis Paris pour tenter
d’apprécier le prix du kilo de dinosaure, une marchandise inestimable qu’aucun
consommateur transalpin n’aurait songé à importer.