Franco Bolli : Alors les mille colombes, qu’est-ce que c’est ?
Christophe Alévêque : C'est un mouvement de
résistance ludique né le 6 mai 2007 à
23h15 suite à l’apparition de Mireille Mathieu sur la place de la Concorde. Nous
étions devons nos écrans de télévision et là on s’est retrouvé avec Mireille
Matthieu, Enrico Macias, Gilbert Montagné et Jeane Manson. On a cru qu’on était
en mai 60 mais non, on était en 2007. Et quand l’icône des Japonais a décidé de
chanter « mille colombes » là
je me suis dit « ça commence très très mal, c’est le début d’une
longue série. » Et effectivement, ça a été le cas : la première
grosse connerie d’une longue série. Ensuite, il y a eu la soirée au Fouquet’s, alors
on a décidé de grouper les deux et de faire une sorte de madeleine de Proust
mal digérée : le Fouquet’s +
Mireille Mathieu = mille colombes. Tous les ans, on se réunit pour fêter
l’anniversaire du petit devant le Fouquet’s. Et cette année, c’est les 4 ans.
FB : Cette édition pourrait être la dernière ?
CA : Normalement, c’est le dernier anniversaire du Petit devant le Fouquet’s, étant donné que le 6 mai 2012 sera le deuxième tour
des présidentielles mais on n’est à l’abri de rien. Cette année, il y aura les
classiques : on va chanter faux tous ensemble, il y aura une fanfare, un
gâteau d’anniversaire, une distribution de billets de 500 euros pour relancer
le pouvoir d’achat et puis quelques surprises. Il est possible que je fasse une
tentative d’immolation.
FB : Comment se sont déroulées les premières éditions ?
CA : Ce qui est important, c’est qu’on ne fait pas ce
rassemblement pour se compter : c’est un geste, une réaction. La première
année, on était 50 devant le Fouquet’s et on a ri autant sinon plus que les
autres années. L’idée, c’est de faire un pied de nez devant cet endroit qui est
une sorte de succursale de l’Elysée. On n’a jamais été emmerdé par les forces
de l’ordre. Les responsables du Fouquet’s ne peuvent rien dire : le trottoir
ne leur appartient pas et ce n’est pas ça qui va leur faire perdre leur
clientèle de Japonais. La première année, c’est limite si le type des RG n’est
pas venu chanter les mille colombes avec nous. Ce n’était pas l’heure et
l’endroit pour lui mais ce n’est pas le cœur qui lui manquait. La première
année il y avait 2 ou 3 cars de CRS mais ils ont compris que c’est un mouvement
de résistance ludique et qu’on n’est pas là pour foutre la merde.
FB : Quel est le message que vous souhaitez faire
passer ?
CA : Le message politique qu’il y a derrière tout ça,
c’est de résister en se moquant d’eux et puis le fait de le répéter, ça permet
de ne jamais l’oublier. Ils ont essayé d’effacer ce moment du concert de la
Place de la Concorde qui était pathétique à mourir. Le Fouquet’s qui
était le premier geste d’une grande série de maladresses du Président de la République,
ils ont essayé de le gommer plusieurs fois. Nous, on est là pour le réécrire à
chaque fois qu’ils veulent l’effacer.
FB : Avec ce genre d’actions, ne courez-vous pas le
risque de vous fermer des portes au niveau des médias ?
CA : Je fais ce que je considère comme mon métier de
pitre social jusqu’au bout. Certainement, ça me ferme des portes mais tant pis.
Je trouve que l’époque est apathique, consensuelle, lisse. Tout le monde est
dans la peur et dans l’angoisse et c’est ce que j’essaie de dénoncer donc si je ne suis pas le premier à le faire, il y
a un truc qui merde.
FB : Si Nicolas Sarkozy est réélu, pourriez vous
accepter un Ministère d’ouverture ?
CA : Il y a un peut-être un Ministère que je pourrais
accepter, c’est celui de la suppression de l’élection présidentielle.
FB : Quelle alternative proposez-vous?
CA : On peut penser à une forme de constituante. On vit
dans une sorte de monarchie républicaine et un seul homme porte beaucoup trop
de pouvoirs et de puissance dans ce pays donc si on tombe sur le mauvais comme
c’était le cas il y a 4 ans, ça peut finir en catastrophe. Il faudrait un peu plus
de pouvoir à l’Assemblée nationale et répartir un peu plus la démocratie entre
tout le monde.
FB : il ne s’agit pas pour vous d’un rejet de la
politique en tant que telle ?
CA : Pas du tout. Je n’ai jamais dit « les hommes
politiques sont tous pourris ». Disons qu’il y a une certaine odeur qui se
dégage. S’ils arrêtaient de faire des
conneries, on arrêterait de les répéter. Je crois beaucoup en la politique, je
pense que c’est quelque chose de sérieux mais qui est dévoyé depuis quelques
années. La Présidentielle c’est devenu un show médiatique. Pour la dernière
élection, le débat d’idées était inexistant. C’est des batailles d’images, de slogans, de paquets cadeaux ;
ce qu’il y a à l’intérieur, tout le monde s’en fout un peu. Mais il y quand
même clairement une différence entre la droite et la gauche. Le problème après,
c’est dans l’application.
FB : Et si des partis de gauche vous proposaient de participer
à des meetings de soutien ?
CA : Je n’irai jamais à un meeting de soutien. Je ne
suis pas militant, pas encarté, je suis un homme libre. C’est pour ça que le 6
mai, il va y avoir une surprise. Il est possible qu’à un moment donné, après
avoir mûri une réflexion jusqu’à la pourrir, Super Rebelle décide de faire son
parcours de son côté et de se présenter à l’élection présidentielle. Pour le
moment, j’essaie d’être totalement investi et de consulter tout le monde :
les oracles, ma mère, mes voisins et
tous les membres de mon parti politique. Sur le site des mille colombes (
http://lesmillecolombes.com/),
ça va continuer après le 6 mai. Tout dépend de si je vais au bout ou pas mais pendant
un an, il y aura encore plein de choses à faire.
FB : Un message pour les lecteurs de
ventscontraires.net ?
CA : Je compte sur les lecteurs de ventscontraires.net
pour la suite, d’autant plus qu’il y aura un spectacle au Rond-Point sur les
présidentielles du 10 avril jusqu’au 6 mai. Je participerai beaucoup à
ventscontraires.net et je demanderai aussi beaucoup de participation de la part
des internautes.