Comment gagner 100.000 dollars sans bouger
Je vis dans une petite rue d'East Atlanta
Une petite
rue qui n’a jamais valu grand-chose. Encore moins après la crise de septembre
08. Je me souviens, sur Fox News, ils avaient annoncé la fin du monde. The end
of the world, en toutes lettres sur l’écran. Rien que ça. Alors avec ma femme,
on s’est installé sur les marches de devant avec de la bière et des cigarettes
et l’on a commencé à regarder les mauvaises herbes grimper et bouffer les 2
maisons d’en face – les proprios venaient de se faire éjecter.
Après les pillages en règle, les chiures de mouches et
la pisse d’âne, des types sont arrivés dans un camion et ils ont cloué des
planches aux fenêtres et aux portes d’en face. De notre côté, on faisait fondre
des pilules roses dans la bière. Plus la rue se détériorait, plus la nature la
bouffait, plus le prix de notre maison chutait. Comme ça pendant des mois. À
perdre. Juste perdre.
Et puis il s’est pointé dans le soleil qui tombait. On
aurait dit John Wayne, putain ! Sauf qu’il était Canadien. Il a descendu
la vitre de son chevrolet Tahoe noir, 320 chevaux.
– Comment est le voisinage ?
– Tranquille, j’ai dit.
– Je vais acheter ces deux maisons, il a dit.
– Okay, j’ai répondu.
Mais il a fait mieux que
ça : il les a achetées, les a remises à neuf et doublées de volume,
pelouse impeccable, haie de bambous et mimosas, et puis, et puis il les a
vendues ! Obama venait d’être élu et Fox News, écœuré, pariait sur un
hiver rigoureux. Notre rue s’embellissait de jour en jour. Chaque matin, on se
réveillait, et chaque matin, on gagnait. En quelques mois, la valeur de notre
maison fit un bond de 100 000 dollars. Comme ça, sans bouger.
Alors avec ma femme, on s’est installé
sur les marches de devant avec de la bière et des cigarettes et l’on a commencé
à regarder les Corvettes passer au ralenti.