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Machiavel à deux têtes


Le couple fou
Dans les années 60, un couple a kidnappé, torturé et assassiné plusieurs enfants. Edward Gorey, génial auteur-illustrateur au trait proche d'Odilon Redon, s'empare de cet effroyable fait divers. En composant un univers sombre, froid, sans émotion, il retranscrit l'histoire de ce couple diabolique. Ce livre tient une place à part dans la bibliographie de cet auteur phare des éditions Attila. Modestement, celui que Tim Burton revendique comme maître, affirme : "Dans mon registre, je suis le seul."   « Le Couple détestable », d’Edward Gorey, traduction d’Oskar, postface d’Oskar, éditions Attila, 2012
 

Ma vie childfree


Conséquences

Lorsque je murmure que je ne désire pas d'enfant ; tous les bébés braillent en ressentant l'absence d'un congénère ; tous les docteurs ronchonnent en décomptant les honoraires d'un nouveau patient ; tous les écrivains s'irritent de la perte d'un futur lecteur enthousiaste ; toutes les mères regrettent les débats passionnés lors des échanges puériculturels ; tous les notaires classent tristement les actes manquants ; la machine industrielle se détraque un instant ; la pérennité de l'État est mise en danger - mon ventre infécond est une arme terroriste.
Estelle Ogier
Internaute




 

Si vieillir est une épreuve


Variation Peter Pan #1

J’ai été recalée à l’examen d’adulte. J’ai échoué à l’épreuve du temps. Etre adulte, c’est trouver que le temps passe vite. Pour y arriver, j’ai dit : « Accélérons le temps ! Lent quand je m’ennuie, Le temps court quand je m’amuse. Amusons nous donc  à plein temps. » On m’a répondu : » Tu fais l’enfant ! Travaille, rentre dans le rang et marche au pas. » Impossible dans ces conditions d’échapper à l’ennui ! Le temps ne passe pas vite… Et moi, j’ai raté l’épreuve du temps.

Super Nanny



Le réveil avait été difficile ce matin-là. Elle avait encore trop bu la veille. Ca lui arrivait de plus en plus souvent, depuis quelque temps. Elle n'avait vraiment pas envie d'y aller. Vraiment, vraiment pas. C'était quand même malheureux d'être encore bonne d'enfants, à son âge, mais il fallait bien gagner sa croûte. Plus ça allait, plus elle détestait les mômes. En prenant son breakfast, elle se demandait dans quel genre de famille elle allait tomber cette fois-ci... Ce dont elle était sûre, c'est que les gosses seraient insupportables, et que leur père essaierait de la tripoter dans les coins sombres, comme chaque fois. Elle devait se dépêcher pour ne pas arriver en retard. La journée commençait mal : il pleuvait, son parapluie était cassé, elle allait devoir prendre un autobus bondé et puant. La tête encore pleine de vapeurs d'alcool, Mary Poppins partit vers de nouvelles aventures.

Doué



– Oh, mais il est très joli ton dessin mon petit, c'est quoi ? 
– C'est la Goulue, et je m'appelle Toulouse-Lautrec, connard.

Si vieillir est un voyage


Variation Peter Pan #2

J’étais encore une enfant, mais j’avais déjà quinze ans passés. On m’a dit : « Tu dois quitter le monde de l’enfance maintenant, Migrer vers celui des adultes. » Un sage m’enseignera plus tard : « Celui qui immigre après quinze ans, Reste un étranger. Trop plein de l’avant, Pour accueillir ce qui lui permettrait d’être d’ici. Il faut deux générations pour s’intégrer. » Je crois que ce n’est pas toujours vrai, fatalité. Cependant, pour ce qui me concerne, il a vu juste. Je n’ai pas réussi à m’intégrer au monde adulte, J’y suis toujours vue comme étrangère. Ce sera pour la génération suivante : Mon fils, c’est sûr, sera un adulte.

Louez vos gamins


Conseil Citoyen 4

Tu es le géniteur d’une nombreuse engeance
Dont certains sont encore aux portes de l’enfance,
Braillant le nez au vent et la morve à la bouche
Tandis qu’à Pôle Emploi tu calcules les mouches.
Ne penses-tu jamais à partager ton bien ?
Beaucoup de gens t’envient ta bande de vauriens ;
Tous ceux qui, inféconds, n’ont pas d’autre option :
Que d’avoir un enfant par une adoption.
D’Haïti au Pérou, ils parcourent le monde
Pour serrer dans leurs bras la chère tête blonde.
Ils comptent les années pour ce moment crucial
Comme toi pour avoir un logement social. Je ne te parle pas d’une donation.
Je parle simplement d’une location.
Tu fourniras la couche ainsi que la tétine
Et l’enfant nettoyé jusqu’au fond des narines.
Le gamin, s’il le faut, dira : Papa, maman,
Tout dégât constaté vaudra un supplément.
Ton affaire sera des deux côtés rentable ;
Pas de pièces à fournir, pas de dessous de table,
Mais un contrat au mois ou, que sais-je, à l’année.
Des formules week-end avec ton dernier né.
Jésus n’a-t-il pas dit : « Loués soient les enfants ! »
Non, il ne l’a pas dit et c’est un manquement !

La fuite de Pan


Une nouvelle inachevée de James M. Barrie

C’était la première fois qu’elle s’échappait aussi longtemps. Elle ne devait pas être bien loin. Depuis deux jours qu’il lui courait après, Peter était maintenant tout à fait perdu. Dans cette ville inconnue, les rares adultes qu’il croisait lui faisaient de grands signes pour le dissuader d’avancer. Il fallait bien pourtant qu’il la retrouve. Enfin il la vit, tapie dans un coin. Le jeune garçon se précipita vers son ombre. Apeurée, elle n’opposa aucune résistance lorsqu’il la fourra dans sa besace. Il demanderait à Wendy de la lui recoudre, solidement cette fois. C’est alors qu’il entendit les détonations. On tirait des coups de feu non loin de lui, sûrement le Capitaine Crochet. Mais nulle part il ne voyait la mer. Un petit garçon qui devait avoir son âge l’interpella à mi-voix : -  "Reste pas là, c’est dangereux !" - "Mais je n’ai pas peur !" - "Alors viens avec moi, on va bien s’amuser". Et Peter Pan suivit Gavroche jusqu’à la barricade.
 

Elle est très belle, ma maman



Elle est très belle, ma maman.
Le matin, quand elle vient me faire un câlin, j'aime bien comme elle sourit, son nez il bouge et ça fait des fossettes. Des fois, c'est moi qui la peigne. Elle a des beaux cheveux, ma maman, qui vont jusqu'en bas du dos et qui font des vagues. Quand je l'ai bien peignée, ils brillent et je peux lui faire une grosse tresse qui se balance quand elle fait le ménage. Ils sont noirs mais des fois ça fait bleu.
Les cheveux de ma maman, ils sont bien plus beaux que ceux de la mère de Lionel, qui sont jaunes et tout bizarres, comme les herbes quand il fait trop chaud.
Ma maman, quand elle me raconte des histoires, ses mains elles dansent en l'air et même que Papa il dit toujours qu'elle a des mains comme des colombes.
Elle sent bon en plus, comme les gâteaux. C'est pas comme la mère de Justin qui sent bizarre, comme les trucs qui sentent dans les cabinets.   Ses yeux, à ma maman, ils ont la même couleur que le chocolat, pas comme ceux de la mère de Lucie qui sont tout pâles, qu'on dirait qu'on voit à travers.   Mon papa, il dit que c'est des yeux de gazelle (c'est comme un Bambi).   Je suis très fière de ma maman et quand on va se promener, j'aimerais que tout le monde voie comme elle est belle !  
Seulement les autres, ils ont pas le droit. Ma maman, quand on va dehors, elle se met un grand drap noir sur la tête et même des gants et même quand il fait très chaud.  
Elle est très belle, ma maman, mais personne le sait à part Papa et moi.
Baronne Samedi
Internaute




 

Eteinte


Elle s’est éteinte cette nuit, envolée au paradis. Sa disparition soudaine, inéluctable pour son âge, nous a brutalement plongés dans le vide et le chagrin, surtout les enfants. Même le chien ce matin affichait un petit air sentencieux.  
D’après le médecin, son décès est le fruit d’un processus endogène tout à fait naturel. Il n’y avait rien à faire.  
Ces derniers temps, son état d’aphasie de plus en plus préoccupant, prémices avant-coureur d’une vie qui s’achève, nous avait préparé à la terrible nouvelle. Mais tant qu’une étincelle de vie continue d’éclairer nos cœurs alors même la raison reste aveugle et sourde face à toute idée de disparition.  
Quelle personnalité et quelle vie tout de même ! Tout le monde lui était attaché, pas un repas, pas une soirée ne se déroulait sans sa compagnie. S’il m’arrivait parfois et souvent même de  morigéner à son encontre, jamais je ne me sentais capable de la quitter.  
Malgré ses démences, son langage parfois outrancier et cette manière terrible qu’elle avait de tout le temps radoter, elle va, c’est sûr, terriblement nous manquer. Dans le codicille de ses pensées, je me suis tout de même permis de récupérer les piles de sa télécommande.  
Bref, notre télé est morte un dimanche matin et on est bon pour en changer.

La dent dure de Saint-Christophe


Histoires d'Os 30
Selon une légende tenace, Saint-Christophe était un colosse, un de ces géants familiers qui abondent dans la littérature religieuse médiévale. Il fallait, en effet, être doté d’une robuste constitution et d’une force sans commune mesure pour se charger de l’Enfant Roi, lourd de tous les espoirs des hommes et pour l’aider à traverser le fleuve impétueux de leurs fautes.   Réprouvé, le passeur chananéen (devenu par la suite Christophe : celui qui porte le Christ) était donc un homme d’une taille exceptionnelle et d’une allure assez terrible. Susceptible en tout cas de provoquer, dès le premier regard, la soudaine conversion de Nicée et d’Aquilinie les deux prostituées tentatrices dépêchées par le roi de Lycie au fond de sa cellule.   Mais au delà de la légende, les preuves de son gigantisme se matérialisaient surtout en deux précieuses reliques conservées, pour l’une, à Valence et pour l’autre à Munich. Il s’agissait ici, d’une molaire du géant et là, d’un de ses énormes ossements. Plus tard, il s’avéra que ces restes sanctifiés n’étaient qu’une molaire de mammouth et une vertèbre d’éléphant. Le saint patron des voyageurs et des automobilistes était-il aussi celui des cornacs ?

Pas de chance !


Paulette esquissa un sourire crispé. Malgré tous ses efforts pour perdre son fils dans l'immense centre commercial situé à plus de cinquante kilomètres de là, celui-ci avait réussi à retrouver son chemin sans encombre jusqu'à la maison.

Jean-Louis Fournier : "Enfant j'ai porté la Vierge dans les chiottes"


Jean-Louis Fournier : "Enfant j'ai porté la Vierge dans les chiottes", ventscontraires.net,Théâtre du Rond-Point

Gaspard Proust : "J'étais un enfant joyeux, comme aujourd'hui"


Gaspard Proust : "J'étais un enfant joyeux, comme aujourd'hui",ventscontraires.net,théâtre du Rond-Point

Edwiga



‎" _ Madame, vous venez de faire tomber votre bébé par terre !
_ Ce n'est pas le mien... je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais le ramasser !?"
 
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