«C'est le rêve français que je veux réenchanter»
François Hollande, après le second tour de la « primaire citoyenne », dimanche 16 octobre 2011
A tout prendre une bouille molle avenante est plus
sympathique qu’une bouille dure sectaire, ce n’est pas une raison pour taire la
perplexité où nous a plongés, dès sa première déclaration, le candidat de la gauche socialiste,
citoyenne, etc. Quand on reprend, posément, mot à mot, sa profession de foi, elle
interpelle quelque part au niveau de la comprenette. Réenchanter un rêve, cela
sous-entend qu’il y a des rêves désenchantés. En un certain sens, oui. Mais
il n'est nul besoin de rêver la désespérance sociale, elle s’impose dès qu’on
ouvre les yeux. Un aspirant président, son terrain de jeu ce n’est pas le
sommeil agité de ses concitoyens mais les angoisses de leur quotidien. Bref
qu’il parvienne seulement à « réenchanter »
la vie, le Merlin qui a terrassé la Martine, et ce serait déjà pas mal. Encore
que la formule a des relents de calotte (signe ostentatoire commun aux monothéistes) qui offusquent les narines
rationalistes.
Ainsi, quand Max
Weber parlait du « désenchantement du monde » pour constater, en
sociologue, que l’avènement des sciences et des techniques privait de sens, sinon
de magie et de merveilleux les sociétés humaines, d’aucuns prétendaient qu’il régressait
en deçà du « Siècle des Lumières.»
Dans ce cas, « réenchanter », serait plutôt réactionnaire.
Au risque d’une autre régression, la remise en service du
bon vieil « ascenseur social » aurait l’avantage de dire la même
chose, de façon plus « normale ».