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Pauvres gens !



Interrogé ce mardi dans la Matinale de Canal + sur ses relations avec André Bettencourt et les soupçons de financement illégal de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a démenti catégoriquement les accusations portées contre lui en dénonçant les « boules puantes » de ses adversaires politiques. Contredisant sa ligne de défense habituelle, le président-candidat a admis qu'il était « bien sûr » possible qu'il ait pu rencontrer l'ancien dirigeant de L'Oréal, précisant que ce dernier n'était pas un délinquant et que le « pauvre homme » était mort depuis des années.   Celui que beaucoup qualifient de « candidat des riches » révèle donc une nouvelle fois le lien particulier qu'il entretient avec les concepts de « richesse » et de « pauvreté ».   Déjà, en 2008, alors qu'un visiteur du Salon de l'Agriculture refusait de lui serrer la main, l'ancien maire de Neuilly-sur-seine lui avait lâché le désormais mythique « casse toi pov' con ».   Car dans la bouche de Nicolas Sarkozy, l'adjectif « pauvre » revêt une tonalité particulière : le pauvre est un objet de pitié ou de mépris, de condescendance et d'incompréhension.   A défaut d'éradiquer la pauvreté en France, celui qui prétendait être le président du pouvoir d'achat et dont le patrimoine personnel s'est accru de 28% en 5 ans fait donc habilement disparaître du champ sémantique de la pauvreté son étymologie première, celle de la misère et du dénuement.   Pour mémoire, en 2009, on considérait comme « pauvre » un individu dont les revenus mensuels sont inférieurs à 795 ou 954 euros. La veuve du « pauvre » André, Liliane Bettencourt, est à la tête d'une fortune estimée à 17 milliards d'euros et percevrait, excusez du peu, un revenu mensuel de plus de 34 millions d'euros. On a la pauvreté qu'on peut.
 

Ils veulent qu'on les taxe


Chronique d'un divorce annoncé

Ils brassent des milliards, ont des résidences principales et secondaires somptueuses, mais aussi des résidences ultra secondaires tout aussi somptueuses. Le luxe est leur religion. Le stupre leur divertissement. Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner cette caste qui tient le monde entre ses mains : les riches, les ultra-riches, les milliardaires, les fortunes du CAC 40… La bourse est leur terrain de jeu. Les entreprises qu’ils détiennent, achètent, vendent, démantèlent sont les voitures de leur train électrique. Les salariés qui valsent au gré des plans de licenciement sont leurs petits soldats de plomb. Et voilà qu’aujourd’hui ces grands enfants trop gâtés par la vie font preuve d’un allocentrisme pour le moins suspect. Ils veulent qu’on les taxe, qu’on les impose. Ils affichent leur solidarité avec le monde d’en bas, celui qu’habituellement ils toisent, celui qu’ordinairement ils écrasent sans le moindre remord. Mais que leur arrive t-il ? Ont-ils été soudainement touchés par la grâce d’un autre Dieu que celui du capitalisme qu’ils vénèrent ? Ne rêvons pas. Evidemment non ! Mais peut-être craignent-ils que le seuil de tolérance de la populace ne soit trop proche, si proche qu’il deviendrait suicidaire de ne pas intervenir. Car le riche n’existe que tant que le pauvre accepte sa condition d’esclave, que tant que les miettes qu’il picore le maintiennent sous ce fameux seuil.
Marie-Emmanuelle Brodeau
Internaute




 

L'économie fait des économies sur notre dos


Pièce montée avec un Indigné de la place de la Bastille



Mes « Pièces montées » ? Des morceaux choisis d'esprit, de mots, de rires et d'envies glanés à la pointe du micro.
Chaque dimanche, ces brefs bobinos ponctuent le journal « 3D » de Stéphane Paoli – diffusé par France Inter en direct du théâtre du Rond-Point entre 12h à 14h...

Illustration : Les Indignés place de la Bastille

Charité intermittente



Devant le théâtre, un mendiant fait la manche :
« Z’auriez pas une petite pièce en un acte, SVP ? »

Stéphanie



Alors Stéphanie a ouvert une boîte de thon et elle a appelé les minots : "Les minots, venez manger, y'a du thon". Et les minots de hurler, fous de joie : "Youpi, super, hourra, bravo, il y a encore du thon !!!".
Sur la table en formica de la cuisine, une nappe à motifs vichy rouges et blancs. Un broc d'eau en plastique. Des assiettes émaillées et des couverts émoussés. Au sol, un chat qui attend et miaule lamentablement. Au plafond, une ampoule nue et de vieilles moulures. Un évier en inox avec au fond, un tapis en plastique. Un robinet qui goutte sans que cela soit vraiment préjudiciable pour qui que ce soit. Un réfrigérateur qui fait un bruit électrique de réfrigérateur. Le tout très net sauf une mouche qui fait les cent pas sur le mur blanc crépi.
 

Conférence instantanée 1


Le monde est devenu si dur
et en même temps si mou
qu'il n'y a plus que les êtres
vraiment droits
qui réussissent encore
à se planter
Pierre Cleitman
Internaute




 

Vendredi 13 la note de la France se dégrade


Carte postale de Paris

vendredi 13 © Jean-Daniel Magnin, ventscontraires.net, Théâtre du Rond-Point

Vive les pauvres !


A l'annonce de la dégradation de la note des États-Unis par Standard & Poor's, Lady Janet se dit que sa servante avait bien de la chance d'être pauvre et d'échapper ainsi à tous ces tracas financiers.

Denis Robert : "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"


Interview
Nous avons déjà diffusé 8 épisodes de ton Bankenstein, la conférence-confidence-causerie amicale sur l'affaire Clearstream que tu nous avais donnée cet automne, avant la relaxe. Qu’est-ce que ça a représenté pour toi de venir dans un théâtre parler de tes coulisses intimes, alors que tu n’étais pas encore sorti d’affaire ?
Denis Robert : Ça a été très intéressant car cette situation (la scène, un public, un lieu chargé de cette histoire-là) crée une distance nouvelle par rapport à ce qu'on dit et ce qu'on est. Un théâtre est lieu de (plus de) liberté et d'expérimentation. On est dans un espace-temps différent. On sent qu'on doit être vrai. C'est étrange. Dans une université, à la télévision ou dans n'importe quelle salle de conférence, le rapport aux autres est plus codé. Le fait d'être dans l'incertitude (quant à l'issue des procès) créait une énergie, un humour particuliers. Même si j'ai gagné aujourd'hui contre l'hydre Clearstream, je ne suis pas sorti d'affaires. Ils refusent de payer leurs amendes, me poussent à reprendre le combat. Il faut une mission d'enquête parlementaire européenne. Il faut des relais. Si mes livres disent le vrai, et la cour de cassation m'autorise à le dire, alors les politiques, les juges, voire les citoyens doivent se saisir du problème. Sinon il faut accepter l'idée qu'on se fait plumer en toute connaissance de cause.

Qu’est-ce qui selon toi fait le lien entre toutes les activités dans lesquelles tu te lances : enquête, écriture, film, peinture, spectacle, et à présent une pièce de théâtre ? Où est le point nodal  ?
DR : Des questions centrales m'habitent et me taraudent... En voici une "Comment et pourquoi un pays aussi riche que le nôtre produit autant de pauvreté? "... En voici une autre "Pourquoi accepte-t-on d'être dominé ?"... Une troisième pour la route : "Où est la bonne information (la bonne place) dans cet univers en mouvement ?"... J'essaie de répondre... Mon métier de base, c'est l'écriture... Tout part de là... Les toiles ont existé car on m'a empêché d'écrire. Je parle de la censure de mes livres... Pour ce qui est de la bédé, c'est différent. C'est un vrai travail, la bédé demande un énorme recul et un gros effort de pédagogie. De l'humour aussi... Les chorégraphies ou le théâtre, c'est encore différent et plus nouveau pour moi. J'adore expérimenter et entre deux livres ou des toiles, travailler en équipe... Le point nodal, disons que c'est de ne jamais me répéter, ni m'ennuyer, de ne pas me soucier du regard des autres et d'avancer dans ma compréhension du monde et des hommes qui le composent. Ça fait un gros point nodal...

Le monde irait mieux s’il y avait plus de... ? Moins de...?
DR : Plus de contre-pouvoir, de danseurs et de danseuses, d'oiseaux de nuit... Moins d'oligarques, de policiers, de policières, de Jean-François Copé...

Le monde va comme il est c’est tout, on doit se battre dedans ?
DR : Certes

Qu’est-ce que ça te fait de passer ainsi ta vie dans les vents contraires ? On s’y sent plus seul ? Moins seul ?
DR : Je passe ma vie à avancer contre des vents contraires. J'essaie de tenir droit. Pour l'instant ça marche. Sans vents contraires, on se ferait bien suer...

> Denis Robert contre Bankenstein, feuilleton vidéo sur ventscontraires.net

 

Condoléances pré mortem


André Laude, clochard céleste 2

Un jour qu'il remettait au journal Le Monde la nécro d'une personnalité en vue, il croisa l'intéressé dans les couloirs. Surpris de voir vivant quelqu'un qu'il venait d'enterrer, il faillit, me confia-t-il , lui présenter ses condoléances.
Poète, homme à tout faire du journalisme, ruiné par l'alcool et la solitude, André Laude est mort en 1995 dans le plus total dénuement. Un peu avant sa mort il m'avait dit : toute ma vie avec ma poésie, j'ai tissé un manteau de misère et maintenant ce manteau de misère me ronge les os.

> voir son portrait par Thomas Vinau
François Vignes
Internaute




 

L'enfance est-elle le temps de l'innocence ?


- Tu es nul Papa ! Ça fait deux ans que je ne crois plus à la p'tite souris ! Et ton déguisement il est moche.
- Mais ma puce, tu sais bien que Papa n'a pas assez d'argent pour s'offrir un beau déguisement... Il donne une grosse partie de son RSA pour payer la pension alimentaire de Maman.
- Si tu m'as pas acheté une toupie beyblade métal fusion de princesse, je reviens plus dormir dans ton studio un week-end par mois !

Harry Martinson, clochard céleste


Portrait 10
Harry Martinson est un écrivain suédois né en 1904.
Abandonné par sa mère à l'âge de six ans, il sera vendu aux enchères, connaîtra l'exploitation et la misère jusqu'en 1920 où il devient matelot et traverse le monde.
Dix ans après, il rentre en Suède avec une tuberculose sous le bras et une envie d'écrire la révolte et l'injustice.
Il est du côté des dépossédés.
Ecrivain des vagabonds. Ecrivain des prolètaires.
Des petits métiers. Des mousses. Des ouvriers agricoles. Des poseurs de rails.
Il côtoie les journaux anarchistes de l'époque.
S'en éloigne. On le lui repprochera. 
Il écrit les hommes debout, dans le fossé. Les hommes à côté. Ceux qui font grève pour de bon.
Qui refusent. Qui galèrent.
Les arpenteurs d'étoiles. La culpabilité. Le rejet.
En 1974 il reçoit le Prix Nobel. On le lui conteste.
Ce qui le blesse beaucoup.
Il tente de se suicider puis décide d'arrêter d'écrire.
Il meurt en 1978.
Dans son livre La société des vagabonds (chez Agone), il y a ce dialogue entre celui qui ne veut plus travailler et celui qui l'englue de sa tartine de morale :
— À votre avis comment iraient les choses si tout le monde était comme vous ?

— Sans doute aussi mal que si tout le monde était comme vous.

Haïku de comptoir 55



Picasso
Dessine un thon
Sur son assiette
 

France-Ethiopie


Carte postale d'Addis Abeba
Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.  
Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.  
A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…  
Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.  
La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.  
Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.
Matthieu Perissé
Internaute




 
 
 

Neuf Deux



Opération « Levallois soutient le Japon ». Certaines villes riches sont plus promptes à bâtir des logements sociaux à l'autre bout du monde que chez elles…

Les paons


Carte postale du Bénin

Paons sur un tas d'ordure, Bénin, ventscontraires.net, Théâtre du Rond-Point
"Le plus bel arrangement est semblable à un tas d'ordures rassemblé au hasard"
Héraclite d'Ephèse

Laissez Noël en paix (réactualisé)


Conseil Citoyen 6

Nous voilà en décembre et ton moral en berne
Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent
Te fait conjecturer que pour le réveillon
Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon,
Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes,
Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes
Et que le seul sapin restant à décorer
Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.  

Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête
Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes.
Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle,
C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon
Le plus élaboré pour prendre ton pognon ?
Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente
Ne va pas te mêler aux masses consommantes.
Il y a des moyens pour remplir une hotte
Qui ne coûtent pas plus qu’une boîte de crottes.  

Surtout pour ce qui est des tout petits enfants,
Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans.
Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout
Si Noël est en mai, en décembre ou en août.
C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire
Et il en va de même à leur anniversaire.
Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes
Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.  

A partir de trois ans et disons jusqu’à sept
Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête.
Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse,
Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ;
Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques
Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.  
Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage
Et dans la marque aussi.
Ce qu’il faut pour leur âge,
C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber.
Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. P
asse chez Emmaüs et pique une étiquette
Recouds là bien en vue sur une autre liquette
Et ne t’affole pas à cacher l’origine
Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

Haïku de comptoir 87


Les pauvres
Mangent la viande
Avec les dents
 
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