T'auras du boudin
Carte postale de Louisiane
… Alors forcément on s’arrête. Il est 9 heures
30 du matin, y a déjà du monde
garé sur le bord de la US 190 à
l’entrée de Eunice, et la musique va bon train à l’intérieur. Chez Marc et Ann, un magasin plein d’accordéons et de
guitares en semaine, c’est comme
ça tous les samedis matins : on arrive avec son instrument, ou alors sans rien, dans ce cas on
s’asseoit, on écoute ou on
danse, tandis qu’une quinzaine de
musiciens, grosse majorité
d’anciens, plus quelques enfants, jouent les airs cajun. Derrière
le comptoir pour le petit déjeuner, y a du boudin (saucisse
fourrée au riz) plus ou moins épicé et aussi du café à volonté.
-Combien je vous dois ?
-Rien du tout, mais c’est gentil de demander.
Savent-ils que Wall Street dévisse ? La
porte semble étanche au reste du monde. Elle s’ouvre pourtant souvent. Encore un senior armé d’un violon. Charles, 74 ans, est venu avec son triangle, il a aussi une
carte de vétéran de l’armée américaine dans son portefeuille, un petit rectangle blanc dont les dates
laissent entendre qu’il a connu le pire.
Laisse
les bons temps rouler, comme ils disent. Les vieux
parlent encore un peu ce français là,
les jeunes le chantent sans le comprendre.
Attendre, chez eux, ça se dit espérer.