Spéculateurs de tous les pays, unissez-vous !
Econotrucs #2
En
ces temps de crise, la spéculation est considérée comme un fléau
absolu, au même titre qu’un tsunami ou une chanson de René la
Taupe.
Rappelons
tout d’abord qu’un spéculateur n’est pas nécessairement un
méchant trader, mais simplement quelqu’un qui achète un bien dans
le but de le revendre (tandis qu’un consommateur achète un bien
pour en jouir immédiatement). Tout acheteur d’appartement
ou de voiture est un consommateur doublé d’un spéculateur, car
son choix d’achat
est souvent largement influencé par une perspective de revente. A ce
titre, les charmantes brocantes du coin de la rue, ou même des sites
comme E-bay, sont des repaires de spéculateurs.
A
l’inverse
les marchés financiers sont utiles à un tas de gens qui n’ont
pas pour objectif de spéculer, mais ont besoin de rencontrer des
spéculateurs professionnels :
Outre
sa fonction évidente de transfert de la richesse dans le temps
(l'épargne), la finance permet de soutenir des projets qu'un
individu seul de pourrait pas financer. Pour ne prendre qu’un
exemple, l’internet est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce
aux spéculateurs (capital risqueurs puis actionnaires) qui ont
investi dans Netscape, (puis dans Yahoo, etc). Toute innovation a
besoin de preneurs de risques pour exister et ces derniers attendent
une contrepartie. Ce couple risque / contrepartie est la base du
système financier.
Car
la finance permet de couvrir toute une série de risques inhérents à
certaines activités. Par exemple une compagnie d’aviation
a besoin de se couvrir du risque de variation des prix du carburant
grâce à des produits financiers. Elle a besoin d’un intermédiaire
financier qui fournira ce carburant à prix fixe, et prendra à sa place
le risque de variation du prix. Cet intermédiaire est un pur
spéculateur parce qu’il achète des barils sans jamais avoir
l’intention de se les faire livrer. Mais les entreprises ont besoin de lui.
Il
faudrait cependant être une taupe pour ne pas voir que la finance
est très responsable des crises à répétitions que nous
connaissons depuis quinze ans, et que plus elle prend d’importance
plus les crises sont violentes, se propagent rapidement, et sont
difficiles à résoudre. D’un outil utile à l’industrie, la
finance est devenue elle-même une énorme industrie, développant au
niveau mondial sa propre logique, ses propres modèles et sa
terrible propension à s’aveugler elle-même.
Ne
nous y trompons pas, c’est « nous » (les puissances
occidentales) qui avons fait le choix de « libérer »
la finance, entraînant le big bang boursier des années 80,
l’explosion des produits dérivés dans les années 90, celle de la
titrisation dans les années 2000.
A
croire que nous avons voté pour une bande de fous dangereux,
manipulés par les puissances de l’argent qui voulaient la
destruction de notre bonne vieille économie de marché à la grand
papa, avec pantalon pattes d’ef et protection sociale. Mais si
l’idéologie a largement joué son rôle, il faut se rappeler que
l’économie de grand papa battait sérieusement de l’aile à la
fin des années 70 : les choix ont été faits avec logique, et
surtout de bonnes intentions. Et comme je sais que vous ne me croyez
pas, je reviendrai bientôt là-dessus.