Lorqu'un journaliste parvient à approcher Peter Handke, il dit qu'il n'a jamais été un enfant de son époque. Qu'on ne peut pas changer le monde. Qu'on peut simplement déplacer les mauvaises choses, les éloigner un instant de soi. Il ne se voit pas comme un artiste. Les artistes sont des génies trop rares. Sa patrie est celle des créateurs, "ceux qui ont de la peine, qui ont un problème à résoudre". Il se voit comme un artisan, un chercheur, en expédition, lancé dans l'inconnu de soi comme sur la pellicule friable d'un lac gelé. Et nous l'y suivons avec une allégresse intime.
Handke se doute bien que si on le questionne sur ses romans, ses pièces de théâtre, son journal, c'est pour en venir à petits pas jusqu'à
La question derrière toutes les autres questions : la Serbie, sa mise au ban en 2006 après qu'il s'est rendu à l'enterrement de Milosevic, sa solitude depuis. Et il répond peu, ou à peine : le pays retrouvé de ses ancêtres qui se désagrège sous ses yeux alors qu'il vient d'apprendre le slovène ; l'enterrement de la Yougoslavie qui résonne étrangement avec le suicide de sa mère slovène. "J'accepte de me perdre. Je veux bien être perdu aux yeux du monde, mais non être perdu dans les mots."
Ou, comme il l'a écrit en 2008 au sujet d'un des textes qui sera lu au Rond-Point : "Mais il fallait, il faut peut-être s'égarer, dans l'intérêt de la scène, dans l'intérêt du théâtre? Comme je me suis dit un jour :
Je vais résolument m'égarer."
> Peter Handke sera au Rond-Point avec deux monologues d'égarés : Jusqu'à ce que le jour vous sépare lu par son amie Sophie Semin et Souterrainblues lu par le grand comédien André Marcon les 17, 18, 24 et 25 janvier prochains, mise en voix Christophe Perton
> écouter Peter Handke interrogé par Laure Adler sur France Culture, partenaire de ces lectures
> interview de Peter Handke par Alexandre Lacroix, Philosophie Magazine
© photographie Lilian Bimbaum